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"Toute littérature est assaut contre la frontière." Franz Kafka

Maupassant, trois vies. - ISBN 978-2-37759-01662

Auteur :

Florence Lizé

Categories : Romans
Date de parution : 25/04/2020

Extrait
(7 avis)
Maupassant, trois vies. - ISBN 978-2-37759-01662

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Avertissement

Je dois l’idée de ce roman à l’amicale opiniâtreté de Marie-Jeanne Bonnement qui m’a convaincue de m’intéresser à l’écrivain normand en me donnant lecture de son étude portant sur la relation de Guy de Maupassant aux femmes.
Il s’agit d’une pure fiction dans laquelle j’ai mêlé des personnages réels et inventés, et intégré des scènes totalement imaginaires dans un contexte historique.
J’ai utilisé la totale liberté du romancier en créant une rencontre entre trois femmes qui ont côtoyé et aimé Guy de Maupassant de façon très différente. L’action se situe en septembre 1893, trois mois après la mort de l’écrivain.
Tous les extraits de lettres et les citations de livres ou de nouvelles ont été intégrés en italique ou entre guillemets dans le roman pour faciliter la fluidité du texte.
Florence Lizé

Préface de Psyché.
C’est en amoureuse, toujours passionnée et vouant une admiration fascinée pour l’écrivain normand que je prends la plume pour apposer la préface du nouveau roman de Florence Lizé.
J’ai pris son manuscrit et là, dès les premières lignes, j’y étais ! J’y entrais !
Tout au long des pages se dévoila devant mon regard ébahi une scène théâtrale : le souvenir de Maupassant reposant sur son lit de mort.
Autour de lui, pour la première fois réunies, ses trois indéniables amours. Laure de Maupassant, sa mère qui resta la passion exclusive de Guy. Joséphine Litzelmann qui donna naissance à ses trois enfants et Gisèle d’Estoc, la première grande conquête de l’écrivain, cette incendiaire sexuelle qui de suite l’embrasa. Une liaison qui durera jusqu’à la fin de sa vie. Nombreux sont les ouvrages, biographies, récits, essais, relatant la vie de Maupassant. Mais là, en ce révolutionnaire début du XXIème siècle, l’imaginaire de l’auteur interpelle, détrônant et couronnant par l’originalité de son roman les trois vies de Maupassant qu’il souhaitait tenir secrètes. N’at- il pas interdit de la façon la plus formelle qu’on écrivît quoique ce fût sur sa personne et sa vie dans une lettre adressée à Mlle Bogdanoff en octobre 1891 ?
Au travers de ce livre surprenant, Florence Lizé procure un vif et curieux plaisir de lecture. L’histoire y est menée « tambour battant », titillant les sens, accentuant la drôlerie, ne négligeant en rien toute description savamment détaillée.
De sa main de « chef d’orchestre », le féminin garde grande sa place dans ce roman.
A vous, lectrices, lecteurs, d’en juger !                 Marie-Jeanne Bonnement, alias Psyché.

Chapitre 1 - Nous allons nous entendre

Joséphine avait reçu une missive sur un élégant papier bistre. L’écriture lui était inconnue, des lettres souples et bien formées, ponctuée d’une fioriture récurrente sur les « d » et les « t ».
En revanche, la signature ne la laissa pas démunie : Gisèle d’Estoc. Le prénom avait si souvent franchi les lèvres charnues de Guy qu’il avait bien fallu l’apprivoiser. Il en parlait avec un tel appétit que, fine mouche, elle avait muselé sa jalousie et un esprit tempétueux qu’il n’aurait jamais tolérés.
L’ours, comme il se qualifiait lui-même, était à prendre ou à laisser, et se préoccupait fort peu des humeurs de ces dames une fois l’affaire conclue. Si l’on voulait qu’il y revienne, il fallait montrer patte blanche et griffes rétractées.
Gisèle la conviait dans son manoir cauchois pour le jeudi suivant : « Chère Madame... », un vague prétexte, un lieu donné et une signature franche, soulignée d’un trait volontaire.
Ce jeudi était arrivé rapidement. Comme pour un rendez-vous galant, Joséphine hésita entre une robe en faille rose thé et un tailleur cintré d’une jolie nuance gris taupe qui affinait sa taille épaissie par trois grossesses.
Délaissant le tailleur pour des raisons évidentes (n’avait-on pas suffisamment glosé sur cette mystérieuse dame en gris qui visitait Guy en voilant son visage), elle opta pour la robe, moins stricte et plus champêtre. S’il s’agissait d’honorer leur amant commun, mieux valait le faire joyeusement vêtue. Il avait tant aimé les frivolités ! Joséphine revit brièvement ce négligé praline qui avait facilement inspiré le grand homme. Le souvenir se fit si précis qu’elle entendit la pluie qui cinglait les carreaux de l’appartement de la rue Dulong, le parquet grinçant au-dessus de leurs têtes, le froissement des draps et des mots, et les cris du rémouleur, dehors, bien après l’écho de leurs derniers soupirs.
À cette même heure, ce même jour, Laure avait été conviée au manoir avec un délai de prévenance supplémentaire. Il fallait à la vieille dame le temps de s’organiser pour remonter en train de Nice où elle vivait désormais. L’enveloppe était de belle texture, le timbre lilas présentait une Marianne au nez droit dans un médaillon ouvragé. L’écriture harmonieuse, assortie d’une particularité sur les dentales, avait tracé à l’encre violette son nom, celui de sa maison : « Villa des Ravenelles » et l’adresse : 140 rue de France, Nice. Les Ravenelles, Laure avait ainsi nommé cette belle bâtisse du nom dialectal normand des giroflées qui embaumaient si délicieusement les débuts de printemps, souhaitant apporter à sa terre d’adoption un parfum
de la région chérie qui avait vu naître ses enfants.
Le plus difficile avait été d’oublier les marées pour s’accoutumer à cette Méditerranée qui ne se retirait jamais, telle une souffreteuse qui garde la chambre !
La lettre était facilement déchiffrable à l’aide des nouveaux verres qu’elle avait fait poser sur sa vieille monture en corne polie par le temps. Laure laissait traîner son doigt sur l’épais vélin, appréhendant les mots de la pulpe de l’index.
À elle aussi, le nom de Gisèle était familier. Il s’agissait assurément d’une femme que Guy avait estimée et qui méritait bien un déplacement jusqu’à cette Normandie parcourue jadis en tout sens et en toute émotion. Elle résiderait à Étretat où elle avait encore des connaissances, et elle adressa un mot à Mlle Fierville à qui elle annonçait sa venue pour le 19.
La soirée avait été agréable et le 20 au matin, elle n’hésita point autant que Joséphine dans le choix de sa toilette. Orpheline de ses deux fils, elle ne quittait désormais plus le noir, ne s’autorisant comme fantaisie qu’un ruban de couleur qui enserrait son cou. Elle opta pour un rouge passion, certaine que Guy aurait apprécié.
Joséphine arriva la première, et une petite anxiété lui vrilla le ventre au moment de sonner. Les trois enfants que Guy lui avait faits ne lui conféraient pas l’assurance qu’elle aurait aimé
afficher. « Même après des années d’aisance et de jolis souliers aux pieds, tes origines modestes colleront toujours à tes semelles, Joséphine, ne l’oublie jamais, lui répétait sa mère. Si ce M. de Maupassant refuse de t’épouser, tu resteras une femme parvenue. Et entretenue, qui plus est. »
Joséphine, au lieu de relever crânement la tête, baissait l’échine devant sa mère et ce n’était qu’après maintes galipettes que Guy parvenait à lui rendre sa bonne humeur. Elle oubliait alors toutes les vilaines brimades et allait se lover dans les bras de son fougueux amant. Sans bien savoir ce qu’elle venait faire chez Mme d’Estoc, elle n’en arbora pas moins son plus
charmant sourire et l’accueil chaleureux de Gisèle fit fondre ses dernières préventions.
— Allons, embrassons-nous, nous lui devons bien cela ! dit Gisèle tout en la prenant dans ses bras.
Cette facétie, cette affection, comme elles étaient inattendues !
— Je veux que nous soyons amies. S’il vous plaît Joséphine, faites-moi cette grâce. Trop de choses nous lient !
— Ah ! vous l’appelez « chose ».
— Il m’avait prévenue que vous aviez de l’esprit. Et tant de souvenirs nous attendent...
— Nous sommes donc là pour l’évoquer ?
— J’avais envie de vous connaître. Toutes deux, chacune de notre côté, nous pleurons davantage l’amant que le génie. Voici à peine trois mois qu’il est mort et cet été m’a paru bien cruel. Pas une heure ne se passe sans qu’il ne vienne me visiter, me taquiner, me chatouiller de sa moustache, et je suis certaine qu’à peine parti de chez moi, il arrive et frappe à votre porte.
— Que souhaitez-vous, que nous unissions nos chagrins ?
— Le partage est une douce chose, Joséphine, vous en conviendrez aisément. Cette affreuse syphilis, tous ces mois d’agonie, cette redoutable clinique du docteur Blanche dont la porte
nous était refusée et où il a rendu l’âme, ne pouvons- nous les conjurer en ressuscitant sa soif de vivre et son goût pour les femmes ? Qui mieux que nous sait ce qu’elles furent pour lui ?
— Méfions-nous des hommes qui clament adorer les femmes ! Car c’est bien toutes les femmes qu’ils visent, et ne sommes-nous pas, chacune, singulières ?
— Ne soyez pas rancunière, pas vous. Il m’a confié un jour aimer notre chair du même amour que celui qu’il portait à l’herbe, aux rivières, à la mer, c’est-àdire passionnément et qu’il aurait voulu avoir mille lèvres et mille... tempéraments pour étreindre en même temps une armée de ces têtes charmantes et sans importance (1).
— Ah ! sans importance, je le reconnais bien là. Lui qui ne pouvait vivre sans, est-ce bien le sens qu’il apportait à l’expression ? C’était un affamé. J’ai faim,
(1). Lettre de Maupassant à Gisèle d'Estoc de décembre 1880 ou janvier 1881.
grondait-il. Il se mettait à la table des mets et de la chair avec un même appétit, dévorant le ventre d’une fille comme il rouchait les os des poulets. Cuisse de Louison ou pilon de chapon était le même délice, il en était pareillement content, ne pensant plus qu’au plat suivant pour que le festin se prolonge. Dès le matin, il songeait à ces millions de femmes qui se lèvent pour enchanter le monde. C’est ainsi que la moitié de l’humanité est faite pour nous ravir, disait-il, car il y a toujours quelque chose à sauver chez les laides et quand on ne voit rien, il reste encore l’espoir d’une nuque cachée, d’une cheville enserrée dans une bottine ou d’une gentillesse à débusquer.
— Nous allons nous entendre, Joséphine, je le sens. Vous n’ignorez sans doute pas qu’il a confié à Mlle Bogdanoff (2),
(2). Amie de Maupassant.
il y a plus de dix ans, qu’il avait formellement interdit qu’on écrivît quoi que ce soit sur lui et sur sa vie, et qu’il ne s’est jamais dédit. Ainsi donc, vous et moi détenons une vérité dont nous ne pouvons rien faire si ce n’est la partager en toute intimité.
— Une certaine vérité.
— Je vous l’accorde et je ne prétends pas en treize ans avoir fait le tour de cet ogre.
— Pas plus que moi en dix-huit.
— Nous voilà soeurs, il me semble, soeurs d’un même lait bien précis que nous nous garderons de nommer.
Elles riaient encore quand Joséphine dressa l’oreille.
— Nous attendons quelqu’un ?

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Commentaires

TOPSCHER Nelly
Nelly78114
25/04/2020
.E
.C
J'aime beaucoup l'idée de mêler réallaité et fiction pour décrire une facette de ce grand auteur classique. Le tout m'intrigue.
Langlois Sophie
Sophie L2
26/04/2020
.E
.C
Maupassant, passage obligatoire au lycée, cela ne nous rajeunit pas. Un auteur placé sous le signe du rêve, de l'évasion mais aussi du tourment. Intimité, plaisirs de la chair et plaisirs charnels, on doit facilement se laisser embarquer dans cette aventure colorée par une trilogie féminine incandescente.
Levy Nicolas
Sedona
26/04/2020
.E
.C
On dit que derrière un grand homme, il y a une femme. Là, visiblement trois, c'est une promesse de surprises. Le chapitre 1 est plutôt bien écrit et la passion annoncée devrait servir les intentions.
Community Manager
Community Manager
27/04/2020
.E
.C
Qu'allons nous découvrir par le biais de ces rencontres imaginées, secrets d'alcôves, peurs, tourmentes, fragilité de l'auteur et complexité de sa relation avec les femmes ? Allons-nous apprendre des comportements sociaux de l'époque ? Cet extrait interpelle.
Habert Alice
Alice
30/04/2020
.E
.C
Bien belle écriture ! Certaines phrases sont assassines : "C’est ainsi que la moitié de l’humanité est faite pour nous ravir, disait-il, car il y a toujours quelque chose à sauver chez les laides et quand on ne voit rien, il reste encore l’espoir d’une nuque cachée, d’une cheville enserrée dans une bottine ou d’une gentillesse à débusquer." Il y a du style dans ce roman particulier.
Community Manager
Community Manager
04/05/2020
.E
.C
Un ouvrage ouvrant sur nos années lycée et sur un auteur dont la sensibilité était exacerbée. Bienvenue !
Carré Clotilde
Clotilde C
06/05/2020
.E
.C
Derrière un auteur se cache un homme et avec lui, la tentation de la chair, les aventures au féminin et des secrets plus ou moins bien cachés. Parfois, ils ressurgissent du passé et d'autres fois font place à la rumeur. Ici, à l'imaginaire, pourquoi pas ?
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