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"Toute littérature est assaut contre la frontière." Franz Kafka

Malfront - Les fantômes de la combe - ISBN 978-2-37759-010-0

Auteur :

Gérard Coquet

Categories : Thrillers
Date de parution : 13/12/2019

Extrait
(10 avis)
Couverture
Malfront - Les fantômes de la combe - ISBN 978-2-37759-010-0

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A découvrir également, la suite de cet ouvrage : Malfront - Les mémoires de Mathilde - Editions in octavo - ISBN : 978-2-84878-198-3


EXTRAIT : 

An trois de la République : Lyon, ville insoumise, endure la plus sanglante des répressions. Fuyant la soldatesque, une nonne accepte l’invitation d’une étrange vieille, croisée au détour d’un chemin. Marceline restera à Malfront, contrainte et forcée par les effets d’onguents qui vont l’éloigner du Seigneur. Elle accouchera, malgré elle, d’une descendance bercée de maléfices qui ne s’éteindront jamais.

Juin 2007 : à Martebrun, paisible bourgade des Monts du Lyonnais, on égorge, on flingue, on assassine ! Trio improbable, un commissaire alcoolo-dépressif, un écrivain fantôme et une fliquette néogothique tentent d’enrayer l’hémorragie de notables…

I
Martebrun, 30 juin 2007, jour de St Pierre et St Paul
Là, c’est bien. Accroché en pique-plante en face du rocher dominant le village, je donne l’air d’un fainéant lambinochant devant sa brouette ou d’un matou hésitant entre deux bouts de viande. D’où je suis planté, je regarde poindre un cycliste affublé d’une tenue provocante : rouge et verte avec des traits noirs sur les épaules. Le gognand tape des cuisses en tortillant du croupion. Dans son dos, deux virages plus bas, sa Louise tire une langue à remouiller la route. Une fois sur l’esplanade, le baldinguet s’éjecte de son vélo, sort de son cuissard une queue ridicule et pisse en zieutant les nuages d’un air dégagé. Après avoir rajusté son gicle, il reluque la route en contrebas. Deux virages plus bas, son erreur de jeunesse, droite sur les pédales, pointe un groin morveux et une poitrine humide. Des vrais bidochons, ces deux-là ! J’ai souvent affaire à cette engeance en fin de semaine. C’est bizarre, ces couples tordus, on les sent venir de loin.
Arrivée sur place, la beline enflammée de la glotte rajuste le bandeau de sa chavasse et l’élastique de sa culotte. Dans un geste de dépit, elle largue son vélo contre le talus et s’accorde une paire de minutes à se prostituer les lèvres contre le goulot d’une gourde d’eau fraîche. Comme eux, l’instant est tout mouillé de chaud.
— On est où ? questionne Pepette en se relichant les babines.
L’interpellé extirpe de ses sacoches Le Guide du Routard et énonce doctement : « La route de Lyon grimpe vers Martebrun, sinueuse et fraîche, surplombant les acacias de la Combe de Malfront. Avant le lieu-dit de Chêne Fourchu, elle change d’aspect, devient presque inhospitalière. En passant devant le chêne majestueux, la départementale rétrécit, son goudron s’effrite, ses virages se resserrent. L’arbre austère, seul rescapé des coupes sévères du dernier siècle, trône dans une coursière étroite lorgnant la forêt en contrebas. Ses deux fûts arrogants se dressent à plus de vingt-cinq mètres au-dessus du vide. Il se raconte que le souffle du diable le maintient debout. Le sujet a poussé droit et, pour ne pas s’affaler dans la combe, ses racines traversent la route sans déformer l’asphalte s’accrochant en tentacules torsadés sur les rochers d’en face. Des spécialistes l’ont mesuré sous toutes ses coutures ; de l’avis général, à défaut d’être étayé, sa chute risque d’arracher le village de la falaise. Ce chêne, plusieurs fois centenaire, est au centre de nombreuses superstitions se rapportant à des rituels de magie noire. Certains écrits font référence à une malédiction cachée entre les murs de la ferme de Malfront dormant au fond de la Combe. Ces légendes tenaces font de l’endroit un lieu mystérieux et envoûtant. Malfront mérite le détour, à condition d’être bien chaussé et de ne pas croire aux sorcières. »
— Tu parles d’une connerie ! C’est là-bas, la Combe de Malfront ?
— Sans doute...
— Ça m’a l’air sympathique ! Qu’est-ce qu’ils disent sur Martebrun ?
— Martebrun ? Attends voir... voilà, Martebrun ! « Village médiéval bâti sur un promontoire appuyé contre les roches du col du Levain, en face de la montagne de la Franget. Son architecture austère cache quelques joyaux. Le chemin de ronde contourne le village en surplombant la Combe de Malfront. La promenade permet de découvrir les vestiges des anciennes tours de veille : Le Kyrie, l’Elison et l’Amen. La quatrième tour, celle du Diable, est ouverte au public du mois d’avril au mois de juin. Des travaux de restauration sont en cours. Si l’envie vous prend, rafraîchissez-vous sous les platanes de la place de la Fontaine, après avoir visité l’esplanade de la Buye. N’oubliez pas de déguster les tartelettes aux myrtilles à l’ombre de la tonnelle de l’Auberge Saint-Antoine. Malheureusement... »
— Bon, qu’est-ce qu’on fait ?
— Laisse-moi terminer, bon sang ! « Malheureusement, l’ancienne cure (renfermant un bénitier du xi e siècle) n’est plus ouverte au public. Visitez la Maison Carrée, la Tour d’Ivoire et empruntez les escaliers des Tupiniers qui descendent vers la cave de la rue des Lavandières. Promenade champêtre, saucisson et pots de gamay – un peu raide ! – assurés. »
— Finalement, j’irais bien passer la nuit dans la ferme de Malfront. Elles sont mignonnes, ces cabanes. T’as vu, il y a de la lumière ! Tu nous imagines ? Soirée coquine au coin du feu... Merde ! Je te parle !
— J’entends bien, et je n’imagine rien du tout ! T’as vu le dénivelé ? On évite ce bled et on descend vers le Forez, faut prendre la route de Maupertuis... après, tu l’auras, ta soirée coquine !
Pimprenelle, peu convaincue mais gorge rafraîchie, remonte sur son vélo, appuie sur les pédales et dandine du postérieur en direction de Martebrun. T’as ben raison, l’instruit ! Mieux vaut ramasser ta miss-couette et t’en aller mâchonner plus loin. C’est pas une bonne idée de tirer les portillons des cabornes de Malfront. Les fantômes des Georges n’aiment pas trop. Leur ferme n’est ouverte qu’aux vaches. En poussant le fenestron de la cuisine, ça sent la racine de groins d’âne, le clergeon de doucette mais rien ne t’invite à t’asseoir. Depuis des années, un canon de vin rouge s’évente sur la table à côté d’un bol de doigts-de-mort, d’un morceau de cabrillon et d’un quignon de flûte. Tous les jours qu’un curé bénit, le verre se vide, les doigts se rongent, le cabrillon disparaît et la flûte termine, à moitié grignotée, dans une casserole réservée aux pies. Plus haut, au bout de la montée d’escayers, la chambre du dernier des Georges respire la lavande toute l’année. Les draps du bardanier sont parfois chiffonnés, mais une buyandière les change une fois par semaine. Sa main experte rejoint les taies et les remouille du parfum des lilas. Les Georges apprécient le linge propre. Sans rire, vaut mieux emmener ta gnioche loin du village et passer ta route, c’est mieux que de rêvasser à s’en flanquer la trouille au fond de Malfront. En plus, depuis quelques jours, y fait pas bon y dormir dans la fraîcheur des combes !

Ce samedi, un soleil cachottier déguste les cumulonimbus comme des touffons de barbe à papa. Ses rayons effilochés lèchent les tours de garde du village. Celle du Diable se luzerne d’une luisance étrange. Ce n’est pas l’envie de m’abader au bourg qui me manque mais, étant donné mon grand âge et ma situation, il m’est de plus en plus difficile de me dandiner l’océan. Je reste donc là, bercé par un léger vent du sud chargé d’un parfum de sous-bois.
De toute façon, je finis toujours par savoir ce qui se brocante à Martebrun. J’y ai mes racines et un rapporte-paquet fidèle : ce buvanvin d’Augustin Grandet. Sacré Gus ! Je l’aime bien : un mètre quatre-vingt-dix de méchanceté filiforme macérée au vin rouge depuis soixante-dix ans. Une trogne de hibou, de teinte rouge morgon métallisé, dissimulée sous une casquette plus crottée qu’un abattant de w.-c. publics. Ses yeux inquiets et son intelligence ne s’agitent que lorsqu’il découvre une morille. Les sorcières des combes ? Y s’en bat les flancs. Avec lui, pas de jacasseries inutiles. On ne glose pas, on cause ou on ferme sa gueule. Le seul sujet sur lequel il est intarissable concerne la réalité de la malédiction suspendue au-dessus du village. Là...
Au fait, excuse mon langage de travers mais je parle difficilement le tien. Je vais toutefois m’efforcer d’utiliser tes mots pour me faire comprendre de meilleure manière. Comble d’impolitesse, je ne me suis pas encore présenté ! Je m’appelle Chêne Fourchu. Pour les imbéciles de Martebrun je possède la sérénité accordée aux arbres vieux de plusieurs siècles. Depuis des lustres, les crevures du village pensent que mes racines les étouffent et, sans forfanteries, ils n’ont pas tout à fait tort. J’ai le souvenir de ces raclures m’humectant le tronc de leurs pleurnicheries fadasses. Leurs larmes de faux-cul ont sanctifié mon écorce, leurs ongles ont gravé sur mon ventre des initiales avec des cœurs autour. Foutaises et balivernes !
Avant qu’Augustin n’arrive, je vais te narrer mon histoire.

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Commentaires

BLANC Déborah
Déborah Blanc
13/12/2019
.E
.C
Je suis intriguée par ce roman. Je me demande comment l'auteur va entremêler les deux époques, comment il va les mettre en résonance. Même si j'accroche sur le style de ces cinq premières lignes, l'extrait est vraiment trop court pour se faire une idée de la densité du contenu. (il est donc difficile d'attribuer une note en aveugle d'où un 7/10 un peu hasardeux)On aimerait en lire davantage pour pouvoir dire si l'on a effectivement envie de plonger dans ce récit.
Ngijol Félicité
FKN
19/12/2019
.E
.C
J'ai tout de suite eu le sourire à la lecture de l'extrait. Je pressens une atmosphère captivante. Quel bonheur!
Parent Alain
Harley
31/12/2019
.E
.C
Ca chauffe et ça va chauffer encore. Le vocabulaire est singulier. Mais, il en faudrait un peu plus long pour se faire une idée plus juste surtout que toute cette histoire a l'air rudement bien ficelée.
TOPSCHER Nelly
Nelly78114
31/12/2019
.E
.C
Cela me donne envie de lire pours avoir comment vont s'entremêler les deux époques. Un extrait un peu plus long serait le bienvenu.
Frémont Nina
Nina
01/02/2020
.E
.C
Il y a une touche de vocabulaire plus que singulière dans cet extrait pour le moins prenant. Je découvre et apprend énormément de mots à la lecture de cet extrait. Le découpage me semble aussi intéressant et original. J'aime beaucoup ce style.
BLANC Déborah
Déborah Blanc
03/02/2020
.E
.C
Merci pour l'ajout d'un véritable extrait (et pas 5 lignes) qui confirme ma première impression positive sur ce livre. Le style est très soutenu. J'aime les textes denses et riches avec des descriptions comme celui ci. Il y a beaucoup de mots de vocabulaire que je ne connais pas mais au-delà de cela, j'ai aimé le contrepied à la fin de l'extrait quand on comprend que c'est le chêne qui nous parle. J'aime ce changement de perspective. Il se dégage une atmosphère lourde et mystérieuse qui titille la curiosité.
clement Delahay
La Pléiade
17/02/2020
.E
.C
Force, aplomb et vocabulaire singulier provoquent un vif intérêt à la lecture de cet extrait. Bravo !
Isatis Jacques
Isatis
13/03/2020
.E
.C
Le style de ce roman est pour le moins surprenant et nous ballade avec efficacité. Outrecuidance et désinvolture n'empêchent en rien, bien au contraire, l'auteur de nous mener avec un rythme soutenu à pénétrer cet univers.
Malouines Olivier
Le furet
27/04/2020
.E
.C
Quel vocabulaire ! Ca, c'est un bouquin original avec un style d'écriture qui lui est propre. Pas mal !
Levy Nicolas
Sedona
07/05/2020
.E
.C
Un style accrocheur et une palette de vocabulaire tout à fait incroyable. Intriguant et alléchant que ce début de roman.
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