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"Toute littérature est assaut contre la frontière." Franz Kafka
Les trois vies de l'homme qui n'existait pas.

Les trois vies de l'homme qui n'existait pas.

Auteur : Laurent Grima Categorie : Romans Date de parution : 30/12/2019

(8 avis)

Prochains rendez-vous et rencontres avec les lecteurs : samedi 18 janvier à partir de 19h00, "Nuit de la lecture" à la médiathèque de la Grande-Motte et le 1er février de 14h00 à 19h00, présence au salon "Paroles d'auteurs" de St Clément de Rivière.

Disponible au format papier sur Amazon, Fnac et toutes les bonnes librairies (au prix de 16.90 €), et en format numérique sur Librinova (2.99 €). Vous voulez partager mon actualité ? Rejoignez ma page auteur sur Facebook "En un mot comme en cent - Laurent Grima, auteur"



Les souvenirs abondaient. Et même la plus insignifiante des anecdotes me
ramenait au duo que je formais avec mon père. Un binôme où chacun jouait
sa partition, pour lui et pour l'autre, à la perfection. Vivre aussi longtemps
avec son père, on peut trouver ça étrange et malsain. Mais avions-nous
vraiment les moyens d'être éloignés l'un de l'autre ? Nous n'étions
finalement qu'un clan. Un clan de deux. Papa me protégeait de son aura
bienveillante face aux écueils provoqués par notre choix de vie. Et les récifs
les plus meurtriers du Pacifique n'étaient rien par rapport aux menaces qui
planaient sur nous ! Ne pas avoir d'État-Civil, c'était ne pas avoir l'existence
que menaient nos congénères : pas d'adresse, de compte bancaire, de salaire,
de vrais emplois ni de protection sociale... Pas de possibilité de consulter un
médecin lorsque l'on est malade. Pas de facture d'électricité ni d'internet.
Encore moins d'abonnement aux chaînes de télévision payantes. Rien de ce
qui lie le monde, le protège, l'accompagne... et qui l'aliène peut-être un peu.
Nous étions comme sur une île déserte, avec le « vrai monde » devant nous,
séparé par un bras d'océan. Des Robinsons qui pouvaient se permettre
d'adresser des grands gestes du bras aux bateaux sans que personne ne les
voie ou ne vienne les secourir. De toute façon, nous n'avions pas besoin
d'aide. Nous vivions cachés à la frontière de la vie sociale de notre propre
choix. Jamais au-delà... ou presque jamais. Nous nous infiltrions seulement
dans le camp d'en face pour vendre à la sauvette les articles que nous nous
procurions ou bien pour effectuer quelques courses rapides.
J'avais pourtant grandi dans un sentiment de liberté incroyable. La
sensation d'évoluer dans la vérité de l'homme, de toucher du doigt son
essence. J'avais évité l'école, mais papa, érudit sauvage, avait su m'apporter
patiemment et avec amour toutes les connaissances requises pour affronter
l'extérieur. À l'heure où les enfants ciraient les bancs de leur classe en
bâillant devant des cours lénifiants, j'avais déjà visité plusieurs pays et j'étais
incollable sur la plupart des espèces végétales et animales qui m'entouraient.
Je savais aussi cuisiner, réparer une voiture, fabriquer un meuble ou parler
plusieurs langues... Et puis je lisais beaucoup. De tout et sans
discernement... Lire me rendait plus libre encore. Grâce aux livres, je me
recréais un univers. Plus beau, plus grand que celui qui m'ignorait dehors.

J'avais vécu une vie heureuse. Et j'avais déjà vécu longtemps !

Commentaires

Théri Stéphane
Début fort plaisant ! Ce texte évoque énormément de choses à l'adulte que je suis. Un enfant se construit souvent, en tous cas, au début de sa vie, sur les valeurs de ses parents. Mon père n'a été que le monstre qui certaines nuits venait taper dans la porte pour l'enfoncer et nous faire du mal. Alors, au tout début de ma vie, le mot Papa n'augurait rien de bon et je n'envisageais pas du tout, même comédien, pouvoir un jour endosser ce rôle. Je ne sais que depuis peu de temps ce qu'est le bonheur de la relation "Papa/Enfant. Ma fille me serre de toutes ses forces, se colle contre moi et je vois un océan de perte très vite voilé par cette vive émotion qui s'empare simultanément de tout mon être. J'aime et je suis aimé. Voilà l'une des rares certitudes que l'on peut avoir dans la vie, l'une des rares certitudes que j'ai dans la vie: J'ai été privé de cet amour et de cette relation unique. Fort heureusement pour moi, ce que mon père n'a pu m'offrir et ce que ma mère n'avait hélas pas eu, trop affairée à tous nous nourrir, le temps d'offrir, les livres me l'ont donné. En fait, les livres m'ont tout donné, une conscience, du savoir du savoir-faire, du savoir-être et par delà chacune des pages lues, j'ai fini par toucher l'humanité cachée au plus profond de mon coeur et empêchée par une réserve issue de toute cette enfance chaotique. Le livre, c'est la vie. Le votre semble détenir de solides racines.
Parent Alain
Harley
31/12/2019
Je garde moi aussi d'excellents souvenirs de mon père. J'apprécie cet extrait. Il parle vrai et authentique. S'extraire de la société n'est pas une petite idée mais une sinécure. Quand on peut le faire, c'est super. La nature me donne une impression de liberté....comme les livres.
TOPSCHER Nelly
Nelly78114
31/12/2019
Je met ici le retour que j'avais fait sur ce roman que j'ai beaucoup aimé. Je viens de terminer « les trois vies de l’homme qui n’existait pas » de Laurent. Ce roman est à mille lieues de ceux que je lis quotidiennement mais il mérite qu’on s’y arrête. Il m’est très difficile de le faire entrer dans une case. Roman de vie, proche du feelgood assurément, mais pas loin du développement personnel si on prend le temps de méditer et intégrer certaines notions. Atypique me parait être le vocable de plus adéquat pour détruire ce roman. Tino, un des prénoms donnés au narrateur, promet à la mort subite de son père de vivre plusieurs vies. Il décide, aux obsèques, de partir en quête de son identité mais aussi de celle de son père qui a oublié de le déclarer à l’état civil. Un voyage initiatique commence alors pour Tino ( ou Antoine ou Ghünter…) qui va le mener en France ,mais aussi en Italie et Croatie. Il va y rencontrer de très belles personnes qui vont toutes lui apprendre quelque chose sur lui-même. Tino est un personnage très attachant, très émouvant qui finalement, comme nous tous, n’aspire qu’à une seule et unique chose : être heureux tout simplement. La plume est fluide, très jolie, très douce souvent poétique mais elle est surtout pleine de subtile humanité. L’auteur aborde des valeurs qui me sont chères telles que l’Amitié, l’Amour, la Loyauté ou l’Entraide(les majuscules sont volontaires de ma part). Résumer ce roman est difficile car il est inclassable, mais si vous aimez découvrir d’autres univers je vous invite à partir en voyage avec Tino.
Robsart Amy
Amy
31/12/2019
Une culture propre à soi-même, empreinte d'un héritage tissé sur le voile de l'amour, c'est très délicat et remarquable. Les mots sont lourds de sens et pourtant la plume trace avec légèreté le sacre de la simplicité faite homme. Nous rêvons toutes et tous à pareille destinée. Nous somme forcément nombreux à aspirer à autre chose que le matériel et l'insipidité comportementale dans lequel il nous engouffre pour le pire, en tuant dans l'oeuf les espoirs d'une vie passée dans les jardin d'Eden. Que c'est beau et fort un homme construit dans le voyage, les rencontres et le vrai de la vie. Quelle belle promesse d'odyssée ! Ces premiers mots en disent long sur la nature de ce roman. Je suis avide d'en lire plus.
Carré Clotilde
Clotilde C
06/01/2020
Quel beau titre et belle couverture ! Ce début évoque l'amour que l'on voue à ses parents et les pensées au goût d'enfance. C'est presque magique. J'adore la simplicité de votre regard sur cette relation.
Ngijol Félicité
FKN
08/01/2020
Bouleversant! On a envie d'en savoir plus, car rien que cet extrait nous donne une bouffée d'air frais! Quelle belle écriture , c'est uen douce invitation vers l'ailleurs.
Mandrieu Laure
Mignonne
10/01/2020
Un titre accrocheur et une couverture qui laisse la part belle aux racines que l'on retrouve dans les premières lignes de cet extrait. Les auteurs de cette plateforme semblent être sensibles et originaux dans les thèmes abordés. Voilà une troisième bonne surprise. Mes parents m'on transmis énormément de valeurs que je m'efforce, moi aussi, de transmettre à mes enfants. On a envie d'en lire plus. J'accroche !
Delerme Florentin
Florentin
16/01/2020
Premiers mots très humanistes et accrocheurs de souvenirs d'enfance. J'aime mes racines et les valeurs mises en avant. Bien écrit !
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