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"Toute littérature est assaut contre la frontière." Franz Kafka

Les ailes de Titus, extrait du recueil " Bribes de mots

Auteur :

Stéphane Theri

Categories : Nouvelles
Date de parution : 17/12/2019

Extrait
(6 avis)
Couverture
Les ailes de Titus, extrait du recueil " Bribes de mots

Les ailes de Titus

Il y aurait d’abord cet enclos plus petit et plus austère que tous ceux qu’il avait pu voir avant ce jour. Il y aurait aussi tous ces gens affairés autour de lui, ces bruits de fanfare mêlés aux cris anonymes de milliers d’inconnus qui allaient lui réclamer  de satisfaire leurs instincts les plus vils. Puis, il y aurait ces ombres macabres au-dessus de sa tête, Titus le savait. A son tour, il les verrait danser et tour à tour glisser le long de son corps. Mêlant, de longues minutes durant, leur souffle glacial aux rayons vifs du soleil, elles feraient une dernière fois encore revivre à son corps tout entier la violence du combat que sa maman livra à l’aube de son premier jour sur terre, pour lui donner ce droit à la vie.

Des nuits entières ces ancêtres étaient venus lui raconter leurs histoires et l’avaient au fil de ses rêves, ainsi préparé à cet ultime défi, à ce dernier instant. Il allait lui aussi faire ce voyage fantastique. Mais avant cela, il allait devoir braver la mort ou plutôt laisser celle-ci livrer ce combat sans merci contre la vie pour l’emporter avec elle. Ils avaient été des milliers avant lui à sentir son souffle se glisser le long de leur fière et puissante colonne vertébrale. Titus devait à présent en prendre toute la dimension, rassembler son courage, toute sa force et avec lucidité défendre une fois encore, la dignité de son espèce et de sa haute lignée. Alors seulement se dresserait devant lui le chemin royal des anciens. Quelques minutes encore pour rassembler ses esprits et la porte de son enclos s’ouvrirait. Ses yeux seraient alors éblouis par un tapis de sable plus chaud encore que le battement de son cœur. Ils le guideraient aveuglement vers ce morceau d’étoffe rouge plus macabre et plus mobile que ses ombres imbéciles. Contre ce rutilant et trop pervers porte drapeau de la trop petite conscience humaine, il concentrerait toute son énergie. A chacun de ses assauts, son âme se désolidariserait un peu plus de son corps et l’avancée morbide de ce ballet chaotique maculerait d’un rouge moins vif  mais beaucoup plus noble, le sable de ce théâtre dont l’issue pour Titus se trouverait au versement de la dernière goutte de son sang trop injustement sacrifié à la bêtise des hommes. Les douleurs causées par ses multiples blessures, la perte inévitable de sa force et le flou de sa vision altérée par son épuisement à se battre cèderaient alors leur place, à l’incroyable, la justice de Dieu. Titus se retrouverait pourvu des ailes tant méritées qui feraient flotter son âme si haut et si loin de ses bourreaux que cette arène ressemblerait au plus profond et au plus noir de tous les enfers de l’univers.

Commentaires

BLANC Déborah
Déborah Blanc
17/12/2019
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Un sujet qui me tient à coeur et sur lequel j'ai moi même écrit quelques lignes ! La corrida est une monstruosité, vestige de combats de gladiateurs où le peuple exorcisait la violence de son époque sur le sable de l'arène, spectacle où la laideur de l'âme humaine s'étale au grand jour. Stéphane c'est magnifiquement bien écrit ! "ce rutilant et trop pervers porte drapeau de la trop petite conscience humaine" Que c'est bien dit ! J'adore et je vais vous lire c'est une évidence !
Maréchal Rémy
Rémy M
18/12/2019
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Très beau texte ! La corrida est une saloperie dont personne n'a besoin. Je ne comprends rien à cette ignominie et encore moins ceux et celles (Oui, il y a des spectatrices !) qui se font les témoins pas très lumineux de cette violence gratuite et dégueulasse. Bravo à l'auteur !
Parent Alain
Harley
28/12/2019
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.C
Très beau texte ! C'est beau un taureau en liberté. C'est con une corrida avec tous ces cinglés qui s'excitent à l'idée d'une mise à mort. De la violence gratuite et totalement inutile, voilà ce que j'en pense. Bon, je vais revenir sur le texte. Les mots sont aussi forts que la colonne vertébrale d'un taureau adulte.
Mandrieu Laure
Mignonne
10/01/2020
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Il est fort regrettable que les animaux ne parlent pas. Je crois qu'ils ne seraient pas loin de penser comme ça. Très beau texte. Je déteste la corrida et encore plus les spectateurs d'évènements morbides de ce genre. Je ne suis pas convaincue par l'existence d'une justice divine. Malgré tout, toutes ces pauvres bêtes échappent dans la souffrance à cet enfer terrestre. Au début, j'ai cru que Titus était humain. Si ces pauvres bêtes pouvaient avoir des ailes.........Enfin, je trouve ce texte bien écrit et bien triste de voir qu'à notre époque, il existe toujours de pareille aberration. J'adore cette longue phrase : " A chacun de ses assauts, son âme se désolidariserait un peu plus de son corps et l’avancée morbide de ce ballet chaotique maculerait d’un rouge moins vif mais beaucoup plus noble, le sable de ce théâtre dont l’issue pour Titus se trouverait au versement de la dernière goutte de son sang trop injustement sacrifié à la bêtise des hommes." Tout est dit. Du coup, je vais aller lire l'autre texte de Stéphane Théri.
Préjean Maurice
Le bookmark
24/01/2020
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.C
Je suis d'accord avec l'auteur et la critique de Mignonne. Si les taureaux pouvaient parler, l'homme ne recevrait pas de louanges pour laisser ces spectacles morbides exister encore. Quel genre d'individu peut aimer une mise à mort ? Si j'étais Dieu, je donnerais des ailes à tous les taureaux. Bien écrit, je vais lire de ce pas l'autre texte du même auteur.
clement Delahay
La Pléiade
31/08/2020
.E
.C
Lecture rapide pour un texte court mais bien ficelé. L'essentiel est dit en quelques lignes. Les enjeux débiles de la corrida sont confrontés à la conscience et le respect de la vie. Si le recueil est de cette qualité, je suis preneur.
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