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"Toute littérature est assaut contre la frontière." Franz Kafka

Le Daguet. - ISBN 978-2-37759-022-3

Auteur :

Stéphane Breyer

Categories : Romans
Date de parution : 12/12/2019

Extrait
(6 avis)
Couverture
Le Daguet. - ISBN 978-2-37759-022-3

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Septembre 1756 :
l’Europe est prete à s’embraser. La France, la Prusse, l’Angleterre, l’Autriche et la Russie s’arment pour s’affronter sur terre comme sur mer. La guerre menace de s’étendre aux colonies d’Amerique du Nord, des Caraibes et des Indes... Hubert-Louis de la Ferriere est un jeune lieutenant de venerie au service du roi Louis XV. Il va rapidement se trouver au centre d’une affaire de vol d’importants documents diplomatiques liés au renversement des alliances amorce par la France et l’Autriche.
Ce roman nous embarque dans les meandres de la diplomatie secrete du milieu du XVIIIeme siecle. Ce faisant il nous fait ainsi deambuler dans les rues de Paris, Versailles, Fontainebleau, nous emmene à la chasse, a l’Opera mais egalement dans des lieux pestilentiels et sordides.
Stephane Breyer y brosse le double portrait d’une France avec d’une part le roi, le faste, les intrigues, l’insouciance et l’hypocrisie des courtisans et d’autre part le petit peuple laborieux, affame et résigne. Et c’est dans cette societe qu’Hubert-Louis de la Ferriere, nom de code « Le Daguet » ( jeune cerf aux bois non ramifies), va perdre bien plus que son innocence...
Protéiforme, « Le Daguet », roman historique de cape et d’épée, policier, d’espionnage, rejoint sans nul doute la tradition du roman initiatique.
I
LA DAME DU LAC
Versailles, 28 septembre 1756
Sous un beau soleil de fin d’été, après une rude matinée de chasse, les meutes du Roy rentraient au chenil. Son habit couvert de poussière, Hubert- Louis de la Ferrière avait pris la tête du groupe. Le souverain lui avait offert quelques mois auparavant une charge de lieutenant de vénerie grâce aux chaudes recommandations du marquis de Beauregard, l’ami proche de son père qui avait pris soin de lui alors qu’il était encore enfant. Les maîtres d’équipage, les sonneurs et les piquiers le suivaient en un bloc compact, bruyant et quelque peu chaotique. Le Roy avait couru deux dix-cors durant cette matinée. Le premier avait été pris sur les hauteurs du plateau de Satory après une courte et décevante poursuite. Le second, une bête magnifique à la superbe robe rousse, avait constitué un gibier de choix. Maligne et multipliant les feintes, elle avait mené les veneurs dans les bois du sud de Versailles. A la fin d’une longue chevauchée qui avait épuisé les montures et les chiens, le souverain l’avait finalement servie dans les règles de l’art près d’un des étangs de Porchefontaine. Le Roy, satisfait, était ensuite rentré au château pour son débotté où, entouré de ses courtisans, il allait distribuer faveurs, grâces ou bons mots pendant qu’Hubert-Louis et les autres membres de la vénerie de sa majesté raccompagnaient les bêtes aux chenils et aux écuries. Telles étaient les règles en vigueur à la cour de Versailles. Les cavaliers étaient maintenant arrivés au chenil royal. Hubert-Louis, après s’être occupé des chiens, ramena Alouette, sa jument alezane à l’écurie. Après une belle matinée de chasse, il ne laissait personne d’autre en prendre soin. Il était en train de la bichonner quand Lassale, le premier piqueur, entra dans l’écurie accompagné d’un cavalier portant l’uniforme des gardes du corps royaux. Intrigué, Hubert-Louis s’interrompit dans sa tâche. Alouette, mécontente, s’ébroua bruyamment en jetant un coup d’oeil mauvais à l’importun. Lassale s’effaça devant le visiteur.
- Vicomte de la Ferrière ?
- C’est moi-même.
Le garde salua et tendit un pli.
- De la part du Duc de Penthièvre.
Hubert-Louis lâcha la poignée de paille avec laquelle il frictionnait Alouette et se saisit de la lettre. Le Duc était le Grand Veneur de sa majesté, mais il était rare qu’il envoie ses ordres à Hubert-Louis par l’intermédiaire des gardes du Roy. Il devait s’agir d’une mission d’un caractère bien particulier. Hubert-Louis brisa le cachet.
Monsieur, Je vous prie d’organiser pour demain dix heures dans la matinée, une partie de fauconnerie pour une dame de la compagnie de sa Majesté qui vous attendra près des étangs de Satory. Vous vous y rendrez seul. Duc de Penthièvre
La lecture du billet ne fit qu’augmenter la perplexité d’Hubert-Louis. La chasse à l’oiseau, très populaire sous Louis XIII dont les voleries abritaient plus de cent rapaces, était tombée en
désaffection depuis maintenant de nombreuses années. Il était également clair que l’auteur avait voulu garder secret le nom de la dame en question. Pour quelle raison ? Il semblait bien à Hubert-Louis que cela n’était qu’un prétexte, mais pourquoi ? Il était issu de la noblesse désargentée de province. Seule la protection du marquis de Beauregard, l’ami de son père, lui avait permis d’entrer au service du Roy au sein de la vénerie, un peu moins d’un an auparavant. Il ne connaissait personne à la cour, dont il n’appréciait d’ailleurs guère l’ambiance hypocrite et fausse. Il préférait les longues balades en forêt et la compagnie des chevaux et des meutes. Il avait bien croisé quelquefois le souverain à l’occasion de chasses qu’il organisait pour son plaisir, mais il n’était même pas assuré que le Roy connût son existence. Le message précisait qu’il devait s’y rendre seul. Ce dernier point le laissa songeur. Ce tête-à-tête avec une dame proche du souverain ne l’enchantait guère, lui qui fuyait les mondanités.
- Lasalle, connaitriez-vous une personne de la maison du Roy qui pratique la fauconnerie ?
- Non, monsieur. Et la maîtrise de la volerie se perd à la cour de France. La carabine a remplacé les faucons.
- Demain je devrais néanmoins chasser avec une mystérieuse dame sur la plaine et les étangs de Satory. Faites reconnaître les lieux, et qu’on nous dirige vers quelques compagnies de perdrix ou de canards. Est-ce que la forme de gerfaut que nous avons reçue du prince de Danemark a été correctement abaissée récemment ?
- Je l’ai moi-même préparée.
- Très bien. Si notre chasseresse est satisfaite, elle pourra peut-être suggérer au Roy de redonner du lustre à sa volerie.
Les deux hommes repartirent à leurs tâches respectives. Une fois ses recommandations données, Hubert-Louis gagna sa maison de l’avenue de Paris, dont on disait qu’elle était la plus large d’Europe et donc peut-être du monde. Elle était située juste avant le coude qui menait à Chaville. La maison était de plain-pied dans un petit parc qui n’était pas très bien entretenu. Quelques buis et charmilles encadraient des rosiers qui prodiguaient leurs dernières fleurs. Il traversait ainsi le jardin, lorsqu’il fut violemment bousculé par César, l’énorme lévrier écossais qui se jeta sur lui en le saluant de ses aboiements graves et sonores.
- César, mon ami, tu me briseras le cou un jour, répondit Hubert-Louis en jouant avec le chien. Tu verras, nous irons au loup cet hiver en Auvergne, et nous pourrons chasser ensemble. Allons, calme-toi.
César n’était pas des plus grands de son espèce, mais son échine arrivait bien à la hanche de son maître et pouvait, sans effort et sans lever les pattes du sol, accéder à toute assiette posée sur n’importe quelle table. Hubert-Louis l’avait heureusement dressé à ne pas utiliser toutes les capacités que son physique imposant lui offrait.
- Mais où est donc Cléopâtre ?
La soeur de César arriva au trot. Un peu plus petite que son frère, elle arborait comme lui la robe grise et brune à poil long du lévrier écossais. Son accueil fut tout aussi sonore et bondissant que celui de César. Le vacarme des deux chiens fit sortir Agathe de son office où elle attendait devant son potager. Hubert-Louis la connaissait depuis toujours. Elle servait déjà son père quand il naquit et fut sa seule famille après la bataille de Fontenoy. Noblesse peu fortunée ne possédant qu’un vieux château médiéval en ruine et quelques terres en Champagne, la charge de vénerie qui lui fut attribuée un an auparavant avait été accueilliecomme un miracle. Hubert-Louis gagna Versailles avec Agathe et son mari Jean, et tous emménagèrent dans cette maison à colombages sur l’avenue de Paris.
- Vous voici enfin ! Avec toutes ces chasses, vous passez l’heure du dîner plus qu’il ne faudrait. A votre âge, il faut savoir s’arrêter pour vous restaurer. Les cerfs de sa majesté peuvent attendre.
Depuis la mort du père d’Hubert-Louis, et surtout la paix d’Aix la Chapelle qui avait vu Louis XV jouer le rôle du vainqueur magnanime et laisser la part du lion à ses alliés et à ses propres
adversaires, Agathe n’appréciait plus guère son souverain. Elle jugeait qu’il lui était facile de concéder ce que les efforts et la vie de ses sujets avaient conquis de haute lutte sur les champs de bataille européens.
- Allons, Agathe, le bon vouloir de sa majesté n’attend pas, surtout quand il s’agit de vénerie. Nous avons forcé et servi deux magnifiques dixcors, mais ces bêtes nous ont fait courir pendant des lieues. C’est à son plaisir que nous devons cette charge qui permettra au domaine de Nesle d’échapper à la ruine.
Agathe n’aimait guère qu’Hubert-Louis prenne la défense de ce roi et maugréa.
- Une fricassée de perdreaux vous attend, si vous voulez bien quitter vos bottes. J’en ai bien assez avec César et Cléopâtre.
Hubert-Louis entra et prit place dans la salle à manger située à droite. Elle était meublée simplement et décorée de gravures de chasse. Le seul luxe du foyer était un clavecin à un clavier sobrement décoré d’une laque bleue et d’un filet d’or. Un tas de partitions était posé à droite du tabouret. Le couvert était servi. La soupière cachait quelques perdreaux savamment apprêtés par Agathe. Il n’avait plus qu’à s’asseoir et à déguster. Le lendemain, après un solide déjeuner préparé par Agathe, Hubert-Louis passa à la volerie de bonne heure. Il y avait là les oiseaux pour satisfaire tous les chasseurs. Petits faucons émerillons et crécerelles pour les dames ainsi que les jeunes chasseurs, faucons pèlerins pour aller chasser en haut-vol, autours pour le bas-vol, et quelques éperviers pour les meilleurs oiseleurs. Lassale était déjà là.
- Votre Demoiselle est prête, Monsieur. Elle vous attend sur sa perche. Qui doit vous accompagner ?
- Personne Lassale, j’irai seul. J’ai reçu des instructions en ce sens.
Lassale parut perplexe, tout autant qu’Hubert lorsque lui-même avait découvert la demande. Ce n’était guère l’usage à la cour de ne pas se donner en spectacle, et il se répétait que cette partie privée ne lui disait rien qui vaille, surtout dans le contexte troublé du moment.
- Pour battre le terrain, vous prendrez bien Robuste.
Robuste était un beau braque, plein de fougue et qui n’avait pas de pareil pour lever les oiseaux de toute sorte. Lassale partit vers les enclos dans lesquels les chiens étaient parqués. Il en ramena Robuste. Alouette était sellée. Hubert-Louis flatta sa monture, enfila les étriers, mit son gant de fauconnier, tendit le bras pour recevoir La Demoiselle, et partit au petit trot vers la plaine de Satory accompagné de Robuste, enchanté par cette balade matinale. Hubert-Louis appréciait lui aussi de se promener dans la forêt automnale, prélude idéal avant une discussion en tête-à-tête avec une dame proche de la maison du Roi. Et si elle était jeune et belle, cela ne pouvait pas être désagréable, pour sûr. Mais le temps n’était plus au roman courtois pensa-t-il. Il piqua Alouette vers le point de rendez-vous. Un carrosse noir était déjà là. Chose curieuse, bien qu’il semblât de même facture que ceux de la
maison du Roi, il ne portait aucun blason. Deux cavaliers étaient également présents sur les lieux, des gardes du corps certainement, mais Hubert-Louis ne les reconnut pas. Ils étaient restés sur leurs montures et scrutaient les environs. A l’arrivée d’Hubert-Louis, ils redoublèrent d’attention mais se détendirent en le reconnaissant. Ils reprirent ensuite leur veille. Ils échangèrent une brève inclinaison de tête avec Hubert-Louis et lui indiquèrent d’un geste de la main une allée gazonnée qui descendait vers un étang bordé par de hauts roseaux. Il mit pied à terre, accrocha Alouette, rappela Robuste et s’y engagea, intrigué. Une silhouette féminine se détachait de la surface de l’étang. Ni grande, ni petite, elle avait la taille bien prise et sa démarche était gracieuse. Elle portait un habit couleur prune, un chapeau assorti décoré de plumes blanches. Ses longs cheveux dorés coulaient sur ses épaules. On voyait battre
à son côté un épais gant de fauconnerie ouvragé, ainsi qu’une longue dague de chasse. Elle jouait avec sa cravache en étêtant quelques roseaux. Elle entendit Hubert-Louis s’approcher mais ne se retourna pas. Une voie claire et assurée, presque autoritaire, se fit entendre.
- Vous êtes ponctuel vicomte, c’est bien. Vous n’êtes donc pas de ces jouvenceaux qui se servent de leur jeunesse pour jouer avec la patience de leur entourage. Mais il est vrai que votre charge demande de l’exactitude. Lorsque sa majesté est bottée et à cheval, il n’est plus temps de réunir la meute, n’est-ce pas ?
Cela n’appelait aucune réponse de sa part. Hubert-Louis s’inclina respectueusement. Lorsqu’il se releva de sa révérence, son interlocutrice s’était retournée vers lui, et il découvrit avec stupeur qu’un voile assorti à sa coiffe tombait de son chapeau et lui masquait le visage. On pouvait discerner l’éclat de ses yeux bleus et de jolies lèvres vermillon qui formaient une moue ironique. Si Hubert-Louis avait été nerveux avant la rencontre, le manège des gardes et cette apparition masquée, tellement incongrue, le faisaient maintenant presque sourire. Il lui semblait plonger dans quelque intrigue picaresque.
- Madame, il semblerait que l’évêché de Versailles ait déplacé de façon significative les dates de Carnaval cette année. Vous m’en voyez particulièrement heureux, mais je n’ai eu le temps de mettre ma tenue au diapason de la saison.
- Ainsi donc, vous auriez quelques dispositions pour la répartie. Mes amis ne m’ont rien rapporté à ce sujet. Vous devriez faire plus de cas de cette qualité, vicomte, elle est extrêmement appréciée dans les salons, surtout lorsqu’elle vient d’une personne aussi bien faite.
Hubert-Louis, ne put que rougir à cette remarque. Visiblement, la mystérieuse apparition était rompue aux artifices de la discussion galante, exercice dans lequel il n’était qu’un débutant.
- Mais, trêve de galanterie, vicomte, marchons, voulez-vous ? Nous devons avoir une discussion fort sérieuse.
La moue ironique et l’éclat rieur des yeux firent place à une froide détermination. Hubert-Louis se demanda qui était vraiment cette jeune femme, une délicieuse galante ou une courtisane calculatrice ?

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Commentaires

Ngijol Félicité
FKN
19/12/2019
.E
.C
Voilà qui met en appétit! J'apprécie particulièrement cette période de l'histoire française. Ce serait bien d'avoir un extrait.
Parent Alain
Harley
31/12/2019
.E
.C
Un extrait, svp !
TOPSCHER Nelly
Nelly78114
31/12/2019
.E
.C
Un extrait me permettrait de cerner si ce roman pourrait ou pas me plaire.
BLANC Déborah
Déborah Blanc
19/01/2020
.E
.C
Même si je déteste la vénerie et tout l'univers de la chasse, j'apprécie la justesse du vocabulaire qui rend la description très vivante. Cela nous propulse immédiatement dans une époque où tout est codifié. Au fil de la lecture, on se laisse apprivoiser et entraîner dans ce 18ème siècle si loin de notre réalité. La fin de l'extrait et la rencontre avec cette mystérieuse dame font germer tout un tas de questions. On a envie d'en savoir un peu plus. Le style est agréable et le ton juste.
Isatis Jacques
Isatis
13/03/2020
.E
.C
Le vocabulaire est subtil, l'époque se prête aux intrigues, voilà un livre fort intéressant.
clement Delahay
La Pléiade
15/09/2020
.E
.C
Extrait révélateur d'une richesse de vocabulaire et de données historiques. Les lignes défilent à grande vitesse et sont faciles de lecture.
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