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"Toute littérature est assaut contre la frontière." Franz Kafka

La Part du Diable

Auteur :

Nelly78114

Categories : Romans
Date de parution : 02/10/2019

Extrait
(16 avis)
Couverture
La Part du Diable

 

Chapitre 1

Le jour est levé et la chaleur déjà assommante quand j’émerge, doucement, de ma nuit de ce début d’été. Pour la première fois en dix ans, je peux affirmer qu’elle a été plutôt bonne. Pour une fois, je n’ai pas rêvé de ce jour qui a causé ma perte.
Un sourire naît sur mon visage. Aujourd’hui sonne le jour de ma délivrance. Et avec lui toute l’angoisse d’un nouveau départ qui s’annonce.
Je me redresse lentement, et jette un œil à mon environnement. Ce même endroit que je vais, enfin, quitter.
Les bruits commencent à arriver à mes oreilles. Voilà la prison s’éveille ! Je guette l’heure à mon réveil et étouffe un petit rire malgré moi. À 7 h tapantes, mon petit-déjeuner est servi, comme tous les matins.
Je suis tellement bien rodé que je fais tout, toujours à la même heure. La vie en taule est réglée comme du papier à musique. La différence, ce matin, c’est que, cette fois, je ne vais pas partir travailler aux ateliers. J’ai dit au revoir à mon responsable hier, et aux quelques gars avec qui j’ai sympathisé au fil du temps. Personne n’a su me dire mon heure de sortie, mais elle n’a jamais été aussi proche.
Mes mains se mettent à trembler. Je suis, à nouveau, pris d’une subite angoisse. Tous les détenus rêvent de ce moment-là. De cette quille qui vous rend votre liberté et dignité d’homme, mais personne ne vous prépare à ce grand saut vers l’inconnu.
Je calme ma respiration devenue rapide. Je suis devenu maître en méditation et autres techniques de relaxation depuis que je suis ici.
Ah ! Si je les avais maîtrisées ce soir-là, je n’en serais peut-être pas là aujourd’hui.
Si ma respiration se calme assez rapidement, mes souvenirs, eux, refont surface. Malgré mes cours de PNL, il m’est toujours impossible de remplacer les images du drame de ma vie par une vision positive.
J’en viens même à me demander si mon esprit ne le fait pas exprès pour me rappeler que j’ai une mort sur la conscience. L’image de ma victime déboule devant mes yeux. Ce collègue de travail qui était venu m’emmerder, alors que ma journée avait été des plus pourries. Je lui avais, pourtant, demandé de bien vouloir remettre cette discussion au lendemain. Le restaurant n’avait pas désempli de la journée, les clients, touristes pour la plupart, avaient été infects, et ce con ne trouvait rien de mieux que de vouloir m’entretenir sur le fait que je lui avais piqué une table.
— Les clients attendaient depuis un moment. T’étais pas là, je suis allé m’en occuper.
J’avais parlé le plus calmement possible.
— C’était dans mon carré, mec.
— C’est bon, je ne le referai plus. Tu te démerderas avec le patron. Maintenant, fous-moi la paix. J’ai eu une mauvaise journée.
Je cherchais alors à le contourner, mais il se mit à vociférer, et à m’insulter. J’ignorais ses sarcasmes jusqu’à ce qu’il prononce la phrase de trop.
— Avec ta tête de con, je comprends qu’elle se soit barrée ta nana.
Il n’aurait jamais dû dire ça ! Il savait que j’avais du mal à me faire à l’idée d’avoir été largué. Pour une fois que je m’étais vraiment attaché à une fille, il avait fallu qu’elle en trouve un autre au bout de trois mois.
Je me revois alors perdre totalement la notion de raison. En une fraction de seconde, je collais mon collègue contre le mur. J’étais nettement plus baraqué que lui, plus fort surtout. Je passais mes mains autour de son cou, et je commençais à serrer. Nous étions seuls à ce moment-là dans le vestiaire.
Au bout d’un moment, je remarquais qu’il avait vraiment du mal à respirer. Un rictus se dessina sur mon visage. J’aimais le sentiment de surpuissance qui m’animait à ce moment précis. Je me rappelle, aussi, le sentiment de honte que je ressentis quand pointa une érection dans mon pantalon. Mais malgré ça, je ne desserrais pas ma pression. Bien au contraire, voir son regard passer de la surprise, à la peur, puis petit à petit à une sorte d’acceptation funeste, me fit complètement tripper.
Je ne le lâchais que lorsque je venais de recueillir son dernier souffle. En quelques minutes, j’étais devenu un tueur, et j’avais adoré ça.
Les réminiscences de ce passé s’évanouissent quand un coup est frappé à la porte de ma cellule, pourtant ouverte.
— Allez gamin, tu es sortant, me dit un des matons qui m’a vu évoluer ici. Un sourire s’affiche sur son visage. Il semble vraiment heureux pour moi. La justice ne m’a jamais considéré comme dangereux. Et c’est vrai ! Je ne suis pas d’un tempérament violent. La mort de mon collègue a été un malheureux concours de circonstances. Et bien entendu, je n’ai jamais avoué à personne que j’avais aimé prendre une vie.
Je regroupe mes affaires, préparées depuis la veille. J’ai presque une pointe de regret, tellement j’angoisse de sortir. J’avais, à peine, vingt-cinq ans quand je suis rentré en maison d’arrêt. Puis, j’ai été transféré dans ce centre de détention où je suis resté jusqu’à mes trente-quatre ans, fêtés quelques jours plus tôt. J’ai énormément mûri, et surtout vieilli entre ces murs.
— T’as quelqu’un qui vient te chercher ? demande mon gardien.
— Ouais.
Je repense alors à ce qui m’attend dehors. En rupture familiale et amicale, je suis seul. Enfin pas tout à fait.
Il y a quelques mois, j’ai reçu la visite d’un homme d’une cinquantaine d’années qui m’était totalement inconnu. J’ai accepté le parloir, car toute visite est bonne à prendre en prison.
Cet homme en costume gris anthracite m’a alors parlé d’une proposition de travail un peu particulière. Il est resté très mystérieux, ce qui a attisé ma curiosité autant que ma méfiance.
— Je ne veux pas revenir à la case départ, l’avais-je averti.
Même s’il parlait à demi-mot, je ne trouvai pas ses paroles très catholiques, et la face cachée de son discours me faisait peur. Il était hors de question que je retombe en prison.
— Je ne peux rien te préciser aujourd’hui, mais tout ce que je peux te promettre, c’est que tu ne seras jamais inquiété, si tu décides de travailler pour nous.
— C’est qui nous ? insistais-je. J’ancrais mon regard en lui, cherchant à percer son secret. Il me sourit simplement.
— Je viendrai te chercher à ta sortie, et nous en reparlerons.
Il repartit aussi vite qu’il était venu, et je restais avec toutes mes questions.
Il ne m’avait plus du tout contacté depuis février. Aujourd’hui, j’allais voir s’il serait ou non présent à ma sortie, s’il était homme de parole, comme il s’en était vanté.
Une drôle d’impression m’étreint, alors que j’emprunte les longs couloirs dans le sens de la sortie. Je croise plusieurs frères de galère. Je vois dans leurs yeux l’espoir d’être un jour à ma place, mais aussi la même angoisse de ne pas savoir ce qui nous attend vraiment une fois les murs franchis.
Je dois avouer que je n’ai pas vraiment préparé ma sortie. Je sais juste qu’une chambre m’attend dans un foyer où je passais mes permissions. Lors de ces quelques jours hors des murs, je n’en avais pas vraiment profité. À chaque fois, l’euphorie des sorties était anéantie par le stress de l’inconnu, la peur de renouer avec la société.
Au greffe, alors qu’on me rend mes affaires personnelles, emballées depuis presque dix ans, je commence à réaliser que je vis mes derniers instants de détenu. Mon premier réflexe est de mettre mon Zippo doré dans ma poche. Il m’avait été offert pour mes dix-huit ans par mon père, mort l’année de mes vingt ans. S’il y a bien un objet en lien avec mon passé qui m’a vraiment manqué, c’est ce briquet.
J’ai désormais hâte de m’allumer une clope avec. Je souris pour moi-même. Si j’ai pris dix ans en âge, je reste toujours aussi gamin face à ce genre de rituel. Peut-être que je cherche à être simplement rassuré.
Quelques instants plus tard, l’agent du greffe me tend mon sésame, ce fameux billet de sortie qui fait de moi un homme libre. Un frisson m’envahit de la tête aux pieds. Plus qu’une centaine de mètres, et je me retrouve devant la lourde porte.
Le maton, qui m’a accompagné depuis ma cellule, se tourne vers moi et ancre son regard dans le mien.
— Fais attention à toi, petit. Et je veux plus te revoir ici, c’est compris ?
— Rassurez-vous, je n’ai pas l’intention de remettre un pied ici.
Nous échangeons un sourire, et je franchis la petite distance qui me sépare de ma nouvelle vie.
La lourde porte bleue se referme, et avec elle, ce bruit de verrous auquel je n’ai jamais pu m’habituer. Un peu perdu, je me dirige vers un des deux arbres présents, devant le centre de détention. Je m’appuie contre un des troncs, face à cette porte, et allume ma cigarette. Je fais jouer mon briquet, et ma première taffe me procure un plaisir immense. Pourtant, j’en ai fumé des cigarettes depuis dix ans, mais aucune n’était aussi délectable que celle-là. Le bruit d’une portière qu’on claque attire mon attention. À quelques mètres de moi, sur le parking, je reconnais l’homme qui était venu me voir. Il s’appuie contre la voiture, les bras croisés. Il ne fait aucun pas vers moi. Il respecte mon premier moment, ma communion avec ma clope du libéré.
J’écrase mon mégot de mon pied, et me dirige tranquillement vers lui. Nous nous serrons la main fermement.
— Vous avez tenu parole, remarqué-je, à défaut de trouver autre chose à dire.
— Si tu nous rejoins, tu apprendras et partageras nos valeurs.
— Et si je décide de ne pas vous rejoindre ? provoqué-je, sans le lâcher du regard. Il me sourit franchement.
— Tu es un homme libre, Manu. Le choix t’appartient. Nous te faisons une proposition, tu l’acceptes, ou la refuses. C’est aussi simple que ça.
Il a dû faire l’école du rire ce mec ! Rien n’est simple au contraire. Je ne sais pas dans quoi il veut m’embarquer et ce côté mystérieux commence à sérieusement m’agacer.
— J’ai besoin de concret pour pouvoir décider.
— Je t’explique tout plus tard. Mais là, nous allons fêter ta sortie. Après ta clope, tu rêvais de quoi ?
Je suis certain qu’il s’attend à ce que je quémande une fille, mais ce n’est absolument pas ma première pensée en écoutant sa question.
— Je veux boire un whisky.
Il émet un petit rire, sans paraître vraiment étonné de ma réponse, et en me faisant signe de grimper dans la grosse berline noire.
— Mahel a vu juste en te choisissant, dit-il, une fois à l’intérieur.
— C’est qui ce mec ?
— Chaque chose en son temps. Pour le moment, nous allons boire un verre.
Je comprends vite à son ton que le moment n’est pas à lui poser des questions. Quand la voiture démarre, j’ignore dans quoi je viens de mettre les pieds, mais une forte intuition me dit que je viens de trouver ma nouvelle famille.
 
 
 
 
 

Commentaires

Levy Nicolas
Sedona
03/10/2019
.E
.C
La donne est sur la table. Il va y avoir un choix à faire pour cet homme et personne ne sait encore, à la lecture de cet extrait, de quel côté du mur, il est réellement passé. Est-il sorti d'affaire parce que libre ou bien va-t-il replonger aussi sec dans une affaire encore plus féroce que son coup de sang, son erreur de jeunesse pourtant révélatrice d'une sensation ressentie plutôt inquiétante. Le début me plait beaucoup.
Théri Stéphane
Stéphane Theri
03/10/2019
.E
.C
Nelly, c'est bien écrit cette affaire là. On sent que ce gars là va devoir faire un choix crucial sur sa nouvelle vie. On devine également combien il est difficile de refaire surface dans cette société après plusieurs années dans l'ombre. Si on ajoute la sensation éprouvée par ton héros alors même qu'il étranglait sa victime, le suspens est là.......
Deniseau Michel
Michel
03/10/2019
.E
.C
J'aime beaucoup le début et si j'essaie de me mettre à la place de ce type, je ne suis pas certain du tout qu'il laisse très longtemps derrière lui cette porte de prison. Je ne le sens pas très clean ce coco là. Le début est très accrocheur !
Dumay Justine
C Justine
03/10/2019
.E
.C
Je ne sais pas si je serais montée dans cette voiture. Manu semble ne pas réellement savoir jusqu'où vont ses démons et engager ses choix à l'emporte pièce. C'est peut-être un taxi pour l'enfer cette voiture. Les premières phrases de ce roman me parlent et me plaisent.
Delacroix Janine
Janine
09/10/2019
.E
.C
Sortir de prison et retourner dans la société ne doit pas être un exercice facile, surtout lorsque des types louches vous attendent à la porte. Manu a l'air disposé à tenter l'aventure avec eux. Je ne dirais pas que c'est une bonne idée. On devine des complications ou peut-être une mauvaise route à prendre par ce garçon. J'aime assez bien le début de ce roman.
Caillon Marie-Pierre
Marie-Pierre
12/10/2019
.E
.C
C'est bien ! Le début est plutôt accrocheur. On ne peut imaginer ce que la vie carcérale doit retirer à un individu, quelqu'il soit. Par contre, on peut assez vite imaginer que ce garçon pourrait bien récidiver assez vite. Cette famille d'adoption ne me dit rien de bon.
Belmont Antoine
Antoine
21/10/2019
.E
.C
Pas mal du tout......La cabane, je ne connais pas mais, ça doit pas être drôle tous les jours. Ce gars là donne l'air de chercher des emmerdes. Je crois qu'il va les trouver.
Delerme Florentin
Florentin
23/10/2019
.E
.C
C'est la déconne grave ce Manu. Il a pas l'air mature ou alors, il est un peu tordu dans sa tête. J'aime bien le début de cette histoire. C'est un peu court pour essayer de deviner vers quoi ça va glisser. Toutefois, on devine un peu que ses nouveaux potes ne sont pas des enfants de chœur. J'aime bien rester à rien faire le nez en l'air mais la taule, ça fait peur.
Lavanant Brieuc
Brieuc de Saint-Malo
04/11/2019
.E
.C
L'ivresse de la liberté et déjà le choix de refaire des conneries ou de se ranger. Une famille trouvée aussi rapidement, ça fait frémir. En ce qui me concerne, ça augure d'une nouvelle série de conneries. C'est bien amené.
Maréchal Rémy
Rémy M
17/11/2019
.E
.C
C'est pas mal du tout. Cela respire l'hormone mal un peu primaire et ce Manu doit avoir plusieurs facettes dont une immature, une deuxième très ambiguë. Je crois que ses démons vont l'amené à faire de nouvelles et plus grosses conneries. Le début de cette histoire est prenant.
Daloin Bertille
Bertille
18/12/2019
.E
.C
Le bruit de la liberté doit résonner très fort dans l'esprit d'un détenu. Pourtant, à lire ces premières lignes, le personnage de Manu nous donne l'impression qu'il n'en a pas encore terminé avec les bêtises. Dommage ! Je crois également que rien n'est clair dans son esprit en ce qui concerne ses envies. De quel coté du mur va-t-il décider de basculer, le bien ou le mal ?
Parent Alain
Harley
28/12/2019
.E
.C
Bien écrit. L'univers de ce garçon ne va peut-être pas s'ouvrir avec la liberté mais se refermer sur une impasse. Un bon début !
rabiller delphine
Delphine 83
24/02/2020
.E
.C
première fois que je lis une dark romance et deuxième fois que je lis Nelly Topcher. ici on parle d alpha, d 'oméga , de Meute. une sorte d'organisation qui recrute et forme des tueurs à gages pour éliminer les criminels et ceux qui font le mal.c 'est aussi une histoire d 'amour qui va commencer ou Manu l 'oméga et Myriam sa louve ne feront plus qu'un, protéger par leur Alpha Mahel chef de la Meute qui rappelle la légende "des deux loups" chez les amérindiens, lui étant la force tranquille la bienveillance et la protection envers sa famille la "Meute". Manu et Myriam vont devenir un duo de tueurs à gages irréprochables. amour, bienveillance, suspense et meurtres sont aux rendez vous, tout cela signer par une plume fluide et accrochante. j 'ai adoré ce roman, je vous le conseille et merci Nelly pour ce beau moment de lecture. bémol pour la couverture et l'auteure le sait déjà, hélas pour moi elle ne reflète pas ce très bon roman et c 'est très dommage parce que je pense qu'avec une autre couverture ce roman aurait fait parler beaucoup plus de lui.
Mauleon Cyrille
cosmos
29/06/2020
.E
.C
La fin du récit incite a la curiosité d'un nouveau depart. Le style est assez direct et mériterait un descriptif plus affiné.A suivre...
Mauleon Cyrille
cosmos
29/06/2020
.E
.C
La fin du récit incite a la curiosité d'un nouveau depart. Le style est assez direct et mériterait un descriptif plus affiné.A suivre...
clement Delahay
La Pléiade
15/09/2020
.E
.C
La part du diable ou la face cache de tout individu. Qui est Manu ? Nous ne le savons pas vraiment et lui, je crois, pas non plus. L'écriture amorce assez rapidement l'intrigue et l'extrait donne envie de quitter l'interrogation pour en savoir davantage sur les choix et le devenir de ce garçon. Attention aux illustrations de la couverture, elle font un peu chiche.
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