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"Toute littérature est assaut contre la frontière." Franz Kafka

La chute d'un auteur - ISBN 978-2-84878-222-5

Auteur :

Catherine Espinasse

Categories : Thrillers
Date de parution : 07/02/2020

Extrait
(3 avis)
Couverture
La chute d'un auteur - ISBN 978-2-84878-222-5

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La nuit en question
De la route sinueuse et un peu bombée qui menait au village de C., surgissait au loin son célèbre château. Il apparaissait dans toute sa splendeur austère, à l'issue d'un virage. Il était, tel un patrimoine historique et un phare culturel contemporain, fiché sur une colline boisée, en plein coeur de la péninsule verdoyante du Cotentin. Sa haute façade grise, ornée de tours et d'un clocheton, se détachait sur les dégradés de verts qu'offrait ce paysage de bocages, où broutaient ça et là, quelques troupeaux de vaches. Le château annonçant aux voyageurs leur arrivée à C., ce petit village se cachant derrière cette bâtisse imposante et majestueuse, qui semblait être devenu, au fil des siècles, son enseigne prestigieuse. Le vaste parc qui entourait la demeure seigneuriale, était bordé d'une barrière de bois peinte en blanc qui, de par son tracé tracé arrondi, constituait comme un collier délimitant et mettant en valeur un décolleté gazonné. Chaque année, lors de la première semaine de septembre, avait lieu au château, un colloque sur un écrivain contemporain. Une façon, pour le propriétaire des lieux, de faire partager avant tout sa passion de la littérature, d'accueillir des écrivains, d'entretenir son réseau relationnel avec le monde éditorial ou elle avait appartenu, de dynamiser à la fois la vie du village et sa propre retraite d'intellectuelle. Une vocation littéraire et un château dont elle avait hérités de sa mère. L'austère bâtisse du dix-septième siècle se composait, au rezde- un colloque sur un écrivain contemporain. Une façon, pour le propriétaire des lieux, de faire partager avant tout sa passion de la littérature, d'accueillir des écrivains, d'entretenir son réseau relationnel avec le monde éditorial ou elle avait appartenu, de dynamiser à la fois la vie du village et sa propre retraite d'intellectuelle. Une vocation littéraire et un château dont elle avait hérités de sa mère. L'austère bâtisse du dix-septième siècle se composait, au rezde- un colloque sur un écrivain contemporain. Une façon, pour le propriétaire des lieux, de faire partager avant tout sa passion de la littérature, d'accueillir des écrivains, d'entretenir son réseau relationnel avec le monde éditorial ou elle avait appartenu, de dynamiser à la fois la vie du village et sa propre retraite d'intellectuelle. Une vocation littéraire et un château dont elle avait hérités de sa mère. L'austère bâtisse du dix-septième siècle se composait, au rezde- Une vocation littéraire et un château dont elle avait hérités de sa mère. L'austère bâtisse du dix-septième siècle se composait, au rezde- Une vocation littéraire et un château dont elle avait hérités de sa mère. L'austère bâtisse du dix-septième siècle se composait, au rezde-
chaussée, d'une bibliothèque dont tous les murs étaient tapissés de livres, d'un réfectoire garni de longues tables rectangulaires, d'une grande cuisine où officiait le personnel de service.
Au premier et au deuxième étage se répartissent une vingtaine de chambres et quelques salles de bains. Le bâtiment de granit donnait un sentiment d'inaccessibilité. Il était entouré de
profondes douves qui étaient plus irriguées depuis longtemps, mais qu'enjambait encore un charmant petit pont de pierres où, pendant les colloques, se réunissaient spontanément les intervenants lors des pauses. Un pont où s'établissaient spontanément des liens et qui constituait le seul accès au château dont la silhouette sombre se découpait au sommet d'une colline, se détachait sur une vaste prairie ventée, toujours verdoyante et mouvante, à l'image de la surface de la mer, juste au-delà de l'horizon.
Pendant une semaine, le château accueillait, à l'occasion du colloque qui s'y déroulait, des étudiants, des chercheurs et des experts de la littérature et en particulier, bien sûr, de l'oeuvre
de l'auteur qui y était alors étudié. Une population constituée majoritairement de Parisiens et d'étrangers, issue d'universités prestigieuses, que les habitants du petit village blotti derrière le château, comme recroquevillé à l'abri de ses tours, attendaient chaque année, avec une curiosité teintée d'ironie.
- Les intellectuels ont toujours l'air de ce qu'ils sont! déclarait la boulangère du village. Et elle ajoutait, narquoise:
- Ils ne nous voient pas, eux, mais nous, nous les repérons!
Le colloque annuel au château se préparait longtemps à l'avance: il mobilisait, des mois durant, les chercheurs qui étaient prêts à concevoir, l'animer, y intervenir, mais aussi le personnel
qui était employé à cette occasion. Une poignée d'hommes et de femmes du village que recrutait la châtelaine. Ceux-ci étaient chargés d'entretenir les lieux, d'accueillir les participants, de les nourrir et de les servir. «Il faut une qualité de vie ensemble pour assurer une qualité des échanges intellectuels! »Affirmait la châtelaine
qui avait depuis quarante ans, initié avec un enthousiasme inaltérable ces colloques littéraires prestigieux dans le château dont elle avait hérité.
Le personnel commençait à s'affairer deux semaines avant l'arrivée des participants, afin d'enregistrer en bonne et due forme les inscriptions, de procéder à un grand ménage de la demeure, de faire briller les cuivres, de préparer les chambres , de constituer les réserves alimentaires pour la semaine, de compositeur les repas ainsi que les bouquets de fleurs qui ont embelli chacune des pièces.
- La littérature est aussi une question d'esthétique! s'exclamait la châtelaine avec une gaieté presque enfantine, tandis que Valentine, la plus jeune des membres du personnel qui venait d'être embauchée, cueillait délicatement des fleurs destinées à la composition de bouquets qui orneraient les chambres.
Une attention à l'attention des participants, un embellissement des pièces dont la Saint-Valentin se chargeait avec joie, délicatesse et une expertise inégalée dans le choix des fleurs et l'harmonisation de leurs couleurs. Le colloque, cette année-là, portrait sur un écrivain d'origine polonaise, Witold Witkiewiczinski, auteur d'une dizaine de romans à dimension philosophique, assez hermétiques, habitant du village n'a jamais bien sûr jamais lus. Cependant, son oeuvre qui suscitait des maintenances polémiques, avait fait l'objet de nombreuses thèses et articles. Le nom de cet auteur tant apprécié des universitaires, avait été célébré imprononçable par le personnel du château, tant qu'il comprenait de w, de z et de i.
L'auteur avait été surnommé W par les employés du château, soucieux de ne pas écorcher son nom attendu à venir. Le soir de l'ouverture du colloque, vers vingt heures, alors qu'une pluie fine s'était mise à tomber, Nicolas qui avait la double casquette de jardinier et de chauffeur, s'installa au volant de la voiture de location, pour aller chercher à la gare, à une vingtaine de kilomètres de là, le groupe des participants qui arrivaient de Paris Saint-Lazare. Il les déposa dans la cour du château, devant le petit pont, un peu après vingt et une heures. La nuit était tombée et de violentes bourrasques de vent et de pluie fouettaient la façade du château. Nous descendons le premier du véhicule. Il était emmitouflé dans un long imperméable dont les pans, en s'envolant, lui donnait l'air d'un albatros pensa la châtelaine. Les autres participants, dans son sillage, ne le quittaient pas des yeux, semblaient même hésiter à découvrir les lieux, tant l'homme à l'imperméable devant eux les fascinait, captait toute leur attention. W, malgré son âge avancé dont témoignait sa crinière blanche, franchit d'un pas altier le petit pont où l'attendait la châtelaine. Celle-ci l'accueillit chaleureusement et leur accolade s'éternisa, immobilisant ainsi le reste du groupe qui n'osait pas avancer. Puis, impavide sur le seuil de l'entrée, le propriétaire du château, avec un sourire presque forcé que soulignait son rouge à lèvres écarlate, serra la main de ceux qui suivaient, telle la prêtresse d'une longue et lente procession nocturne. Quand tout le groupe se fut engouffré dans le hall d'entrée et que la lourde porte de bois donnant sur le petit pont fut refermée, les trois femmes de chambre aux tabliers immaculés et raidis d'amidon ditant, sous les lumières des lustres, les membres d'un corps de ballet, se chargèrent d'accompagner chaque participant à sa chambre. Avant que chacun disparaisse en suivant une de ces femmes, la châtelaine annonça qu'une réunion d'ouverture du colloque était prévue une demi-heure plus tard, à vingt-deux
heures précises, dans la bibliothèque. Elle ajouta qu'une collation serait servie à la fin de cette séance introductive et qu'elle comptait sur la ponctualité de chacun «afin de ne pas terminer trop tard» précisa-t-elle. La châtelaine avait en effet pour habitude de se coucher tôt, tant elle haïssait l'obscurité de la nuit.
Habituellement, à vingt-deux heures précises elle était déjà couchée et s'endormait aussitôt. Cependant, elle se réveille toujours avant que le jour se lève, vers quatre heures ou cinq heures du matin, pour voir le soleil apparaître, dans le monde de sa clarté. C'est dans cette naturelle luminosité naissante qu'elle a travaillé efficacement.
Quelques minutes avant vingt-deux heures, la bibliothèque résonna soudain du bruit des pas des personnes qui y pénétraient. Une ponctualité qui témoigne de l'obéissance des participants ou de leur impatience à l'entamer ce colloque. Cependant, une fois que presque tous ont été assis en demi-cercle, face à la petite estrade réservée aux orateurs qui n'étaient pas encore arrivés, il régna dans la bibliothèque un silence pesant, entamé parfois par les légers raclements des chaises déplacées sur les s'installaient presque furtivement les derniers arrivants. Une fois posés là, entre ces quatre murs tapissés d'oeuvres littéraires, les dos des participants prenaient le raideur des dossiers des chaises de bois.
Chacun se tenait bien droit, comme en alerte, observant discrètement les autres membres de l'assistance, faisant mine de découvrir le décor, mais personne n'osait parler. Certains,
pour se donner une contenance, relisaient le programme du colloque, comme s'ils étaient révisés ou voulaient l'apprendre par coeur. D'autres sortaient de leur sac ou de leurs poches, les outils qu'ils croyaient nécessaires à leur suivi du colloque: stylos, calepins ou cahiers pour les plus déjà, tablettes ou ordinateurs pour les plus jeunes. Ils étaient prêts, et pourtant rien ne se produisait, personne n'apparaissait sur l'estrade.
- Ils sont sages! On dirait des écoliers!
Chuchota la cuisinière qui vient de jeter un oeil à l'assemblée, en entrebâillant un instant la porte. Valentine voulait aider Jeanne à apporter les collations à la fin des discours d'ouverture de la châtelaine et de l'auteur. Mais ni l'un ni l'autre n'était encore arrivé!
- Que se passe-t-il? demanda Valentine.
- Je n'en ai pas la moindre idée! Ce n'est pas dans les habitudes de la châtelaine de faire attendre l'assistance! Vraiment pas! Elle est très à cheval sur les horaires!
Lui dit sans la regarder, la cuisinière qui travaillait depuis plus de vingt ans au château et que l'on disait, au village, «proche de la châtelaine ...».
C'est à ce moment là que Valentine et la cuisinière entendirent retentir dans la bibliothèque la voix plus aiguë qu'à l '
- Chers amis, bienvenue à vous au château. Il est déjà vingtdeux heures quinze et j'aimerais que nous commencions cette séance d'ouverture, mais vous me voyez navrée voiture je ne sais pas où est passé notre auteur, celui dont l'oeuvre est l'objet de ce colloque!
Puis, elle ajouta:
- Je suis allée dans sa chambre et il n'y est pas pas. Se serait-il perdu dans le château? Certains d'entre vous vous l'auriez-ils croisé depuis que vous êtes installés?
En entendant ces paroles, dans la cuisine, Jeanne se tourna vers Valentine et lui adressa un regard presque soupçonneux:
- Ce n'est pas toi au fait, qui a accompagné W dans sa chambre, tout à l'heure?
- C'est bien moi! répondu aussitôt Valentine.
Jeanne pensa qu'elle aurait dû être fière d'avoir eu l'honneur de voir l'auteur de près.
- Et comment cela s'est passé avec W?
Valentine trouva la question abrupte malgré la banalité de la formulation, et garda le silence un moment, mais sous l'insistance et la persistance de l'interrogation muette de la cuisinière,
elle dit:
- Dès qu'il est entré dans sa chambre, il a ouvert en grand la fenêtre. Et puis il m'a dit qu'il avait envie de prendre l'air ...
A ces mots, Jeanne empoigna énergiquement Valentine par le bras et la poussa vers la sortie.
- Vas le chercher immédiatement dehors! Ramène-le!
Alors que Valentine franchissait la porte d'entrée donnant sur le petit pont, que sa silhouette disparaissait dans la noirceur de
la nuit, la cuisinière lui lança:
- Je vais prévenir la châtelaine!
Un brouhaha emplissait maintenant la bibliothèque qui paraissait avoir subi un cataclysme. Certains participants étaient restés assis, affalés plutôt, interloqués par la nouvelle de la disparition de W.Auparavant avaient abandonné leur chaise, laissé leurs outils au même sol et étaient partisans à la recherche de l'auteur dans les pièces du château. On entendait résonner leurs pas précipités le long des couloirs du premier étage. La cuisinière s'approcha timidement de la châtelaine dont le teint avait viré au gris et qui agrippait le dossier d'une chaise:
- Excusez-moi de vous déranger Madame, mais je voulais vous dire que Valentine est partie le chercher dehors.
La châtelaine la dévisagea et cria, comme si elle grondait un enfant:
- Dehors, à cette heure-ci? Mais pourquoi serait-il allé dehors? Il n'y a pas la moindre lumière! C'est la nuit noire et il pleut! Qu'est-ce que vous me racontez là?
La cuisinière d'un ton d'excuse, ajouta:
- Madame, quand Valentine l'a laissé dans sa chambre, il a déclaré qu'il voulait prendre l'air! ... C'est Valentine qui me l'a dit .
- Valentine ...
Reprit la châtelaine tous les traits Do not de fils visage l'Inquiétude et exprimaient l'incompréhension, le Do not considérer Se Etait au-delà perdu des du château fenêtres, la noirceur semblant de percer la nuit, Comme si Elle y cherchait à y distinguer la blancheur du tablier de sa jeune recrue. Dans le souci de la rassurer, Jeanne déclara:
- Maintenant Valentine est dehors, dans le parc, à la recherche de ce monsieur! Je suis bien sûr qu'elle va retrouver, il n'a pas pu aller loin vous savez ...
Un long cri strident venant de l'extérieur, retentit alors. Un instant, dans la bibliothèque, tous semblèrent se figer, refusant dans cet instant de sidération, d'interpréter le désespoir qu'exprimait un tel hurlement. Et soudain, après cette immobilité absolue, tout le monde se précipita dehors, derrière la châtelaine qui avait reconnu dans cette déchirure sonore la voix de la plus jeune de ses femmes de chambre, de la petite Valentine ... Celle-ci était agenouillée en bordure de la douve, à même le gazon mouillé, recroquevillée comme un animal apeuré, elle avait enfoui à tête dans son tablier blanc. Son corps était secoué de sanglots et, de sa main tendue, elle indiquait le fond de la douve. Là, gisait le corps inerte de l'auteur qui y était tombé la tête la première.

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Commentaires

Langlois Sophie
Sophie L2
11/02/2020
.E
.C
Dans un effervescence incroyable mais pourtant de circonstance, deux mondes se mélangent sans se soucier du drame qui va se jouer presque sous leurs yeux et bouleverser chacun. Les descriptions sont élégantes et vraies. On imagine bien le théâtre de cette soirée pas comme les autres. Le décalage entre les attentes et la chute amorcent une belle histoire.
clement Delahay
La Pléiade
17/02/2020
.E
.C
Un cri plonge subitement ce qui devait être un rendez-vous littéraire dans le drame. L'auteur W est retrouvé dans la douve du château. Que s'est-il réellement passé ? Suicide, meurtre, accident ?L'énigme est posée.
Carré Clotilde
Clotilde C
01/03/2020
.E
.C
Elle est très intrigante, la chute de cet auteur. Maintenant , par delà la surprise générale, il va falloir donner un sens à cet évènement dramatique. Toutes les pistes sont ouvertes et le mystère entier. Un château, la nuit, des douves, accident ou suicide, pas facile d'y voir clair ! Une enquête va forcement suivre....
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