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"Toute littérature est assaut contre la frontière." Franz Kafka

Les contes de l'étrange

Auteur :

Déborah Blanc

Categories : Nouvelles
Date de parution : 21/07/2020

Extrait
(10 avis)
Couverture
Les contes de l'étrange

"Les contes de l'Etrange" est un recueil de nouvelles où dans chaque histoire des éléments incongrus, fantastiques, inexplicables, effrayants s'invitent dans la réalité.

 

EXTRAIT 1 : L'ODEUR DE LA PEUR

La nuit est venue, comme un voleur, sans faire de bruit, sans que je m’en rende compte. J’ai écarté prudemment le rideau et je l’ai regardée aspirer lentement le jour. Je suis resté tapi dans l’ombre.  Je me demande si je vais réussir à me sortir de ce pétrin. Je me demande si je vais échapper à ce cauchemar.

On m’avait pourtant prévenu. Le sage du village m’avait dit ne pas aller en ville. Il y a de mauvais esprits qui serpentent les rues et qui s’infiltrent dans la tête des gens. C’est un endroit mauvais. Rien de bon n’y entre et rien de bon n’en sort jamais. Si nous gardons nos distances avec elle  depuis des décennies, ce n’est pas pour rien. Cette ville est pleine de sombres secrets crois- moi ! N’y va pas !

Mais le marigot était à sec. Les puits presque vidés. Les vieillards succombaient les uns après les autres à cette sècheresse qui durait anormalement.  L’eau nous avait désertés. La saison des pluies était arrivée sans déverser une seule goutte. La pluie était partie courir le monde, nous laissant orphelins. L’eau s’était enfoncée trop profondément dans les entrailles de la terre et je ne pouvais rester les bras ballants à attendre que l’araignée macabre vienne nous emporter les uns après les autres.

Le village était comme un arbre déraciné dont le feuillage roussi et desséché mourrait sous le soleil. Je me devais d’agir. Je devais me mettre en route vers la ville, où, selon les rumeurs, l’eau coulait en abondance, jusque dans les fontaines orgueilleuses qui jaillissaient vers le ciel. Alors je n’ai pas écouté le vieux sage. Et je suis parti.

 Ballotté par mes sombres pensées, j’ai marché, longtemps, dans la solitude de la piste écrasée par la chaleur, contemplant un paysage à l’agonie. Tout, autour de moi, n’était que désolation, les arbustes décharnés, la savane fanée, le vide immense et vorace, les pierres stériles disséminées dans la vallée. Mes sandales fatiguées me protégeaient mal de la brûlure du chemin. J’avais soif mais je ne voulais pas gaspiller l’eau de ma gourde. Mes yeux, assaillis par la poussière que le vent jetait sur mon visage, me faisaient mal.

Et me voilà, trois jours après, le cœur battant, les sens aux aguets, à me répéter que je vais m’en sortir sans savoir si cela est vraiment possible. Je ne dors plus. Je n’ai pas faim. Mes mains ne cessent de trembler. Dès que l’aube fleurira, que le soleil avalera les hommes, les bêtes et la terre, je partirai. Je quitterai cet endroit. Cet endroit maudit. Cet endroit plombé par un mal indicible. Cet endroit si détrempé d’horreur que je pourrais presque sentir l’odeur de peur et de mort qui suinte de la ville toute entière.

L’odeur de la peur…Je ne l’avais jamais vraiment respirée avant d’arriver ici. À présent, je saurai la reconnaître où que j’aille, où qu’elle soit. C’est l’odeur rance qui monte de la rue. C’est l’odeur aigre de mon corps qui sue, de ma peau saturée d’effroi. La peur donne à tout ce qu’elle touche un relent singulier.

Voilà trois jours que je me terre, que je survis, que je reste sourd aux cris de souffrance et de détresse de ceux qui n’ont pas eu ma chance. De ceux qui n’ont pas trouvé un endroit où se cacher. Pour la énième fois, je vérifie que mon refuge est sûr. La porte  est toujours solidement barrée et inviolable. Il n’y a pas de fenêtres. À l’étage, par la minuscule lucarne, j’écarte le petit rideau et je regarde les ténèbres se déployer. Je sais qu’avec elles arriveront bientôt les ombres meurtrières en quête de victimes mais moi, dans mon abri de fortune, je me répète inlassablement que je ne crains rien, que je suis à l’abri.

Je redescends et m’assieds dans le noir grandissant de la pièce. Je n’ai rien avalé depuis près de trois jours. Je n’y arrive pas. J’ai un goût de fiel dans la bouche, une sensation de nausée qui afflue et se retire comme la marée que j’ai tant contemplée enfant dans le fief de ma mère, tout là-bas, par-delà les dunes de sable.

Soudain, j'entends des bruits de pas...

 

EXTRAIT 2 : LES RUINES DE FOLLEVILLE

Nous avons tous, un jour, ressenti cet avertissement vague, cette impression flottante que quelque chose de funeste, de dangereux se profilait. Dans cet instant de connaissance intuitive que la raison aveugle ne peut percevoir, une voix étrange chuchote en nous. Cette voix dont nous ne soupçonnions même pas l’existence, murmure à notre esprit de prendre garde, de ne pas faire ce que nous avions décidé d’accomplir, de ne pas nous rendre où nous avions prévu d’aller.

Parfois, alors que rien n’a été planifié, dans cet instant précis où l’instinct éclate sourdement, une impulsion sortie de nulle part se fraie un chemin dans nos pensées et y laisse la trace d’une peur irraisonnée, comme un warning qui se mettrait à clignoter sans raison. L’alarme se déclenche. C’est une sensation bizarre, obscure et pourtant bien réelle.

Mais trop souvent, nous la rejetons et nous nous obstinons. Comme si nous étions incapables d’écouter l’avertissement, comme si nous ne pouvions résister à l’appel de notre bon sens qui nous fustige de nous laisser impressionner par un simple trouble. La plupart du temps, c’est sans conséquence, comme un petit enfant qui chuterait de vélo quand sa mère l’a prévenu qu’il va trop vite. Mais, plus rarement, cela peut s’avérer très imprudent, préjudiciable voire fatal. Et on dira : « il était au mauvais endroit au mauvais moment » ou bien « mais qu’est-ce qu’elle faisait là ? »

L’homme marchait au crépuscule un soir d’automne sur une départementale déserte. Le vent frais le poussait à resserrer davantage sa parka grise. Il releva le col mais continua d’avancer, sans regarder où ses pas le menaient. Si vous aviez pu voir son visage, vous auriez remarqué combien il était tendu, soucieux. Son corps exécutait chaque geste mécaniquement mais son esprit était ailleurs. Il avait plongé dans l’océan de ses problèmes et il s’y débattait. Mais qu’est-ce qui pouvait bien le pousser à déambuler ainsi entre chien et loup ? Pourquoi était-il là ? Que lui arrivait il ? Il n’y avait pas âme qui vive. Juste cet homme qui vagabondait.

Si vous étiez arrivés à distinguer les traits de son visage, vous auriez vu l’air sévère, le front plissé, la mâchoire crispée et le regard brillant de celui qui est en plein tourment. Il mordait sa lèvre inférieure comme si cela pouvait l’aider à mieux gérer la colère et l’exaspération qui montaient en lui. Car voyez-vous, monsieur étouffait. Monsieur n’en pouvait plus des disputes matrimoniales, des scènes que lui jouait sa femme chaque soir quand il rentrait du travail. Il avait voulu échapper à l’enfer domestique et il avait pris la porte comme on prend un billet de train au dernier moment, sans se soucier de la destination pourvu que l’on parte loin. Mais il ne savait pas encore combien cette décision serait lourde de conséquences. Il ne savait pas qu’il allait faire la plus improbable des rencontres.

 

 

 

 

 

 

 

 

Commentaires

rabiller delphine
Delphine 83
25/07/2020
.E
.C
super extrait qui donne envie de lire plus loin pour savoir déjà où on se trouve ? dans la savane certes mais quel pays ? et aussi interpellant cette histoire de mauvais esprits . après je ne sais pas plus du contenu, mais par rapport à l'extrait pour la couverture, je verrais plus quelque chose qui rappelle les mauvais esprits et le sage du village. extrait un peu court à mon goût.
TOPSCHER Nelly
Nelly78114
28/07/2020
.E
.C
Ouah! une mise en bouche qui intrigue. que va-t-il se passer, où est-on, a qui appartiennent ces bruits de pas. Un démon sommeille mais pour qui et pourquoi? Mon imagination s'emballe.bravo! La couverture est magnifique.
Daloin Bertille
Bertille
28/07/2020
.E
.C
Bon, ce n'est pas très gai mais, la lecture est facile. L'ambiance est au mystère et on se prend à engager la quête du sens de toute cette histoire.
clement Delahay
La Pléiade
30/07/2020
.E
.C
Pas à pas, nous prenons le chemin de la peur et sans savoir réellement pourquoi. Une seule voie s'ouvre à nous, réclamer la suite. Belle narration !
Robsart Amy
Amy
02/08/2020
.E
.C
L'incongru, l'étrange et l'inexplicable, forment le cercle fantastique d'un beau projet de recueil, façon E.A Poe. L'amorce proposée avec cet extrait donne envie d'en lire un peu plus. Je ne serais pas contre un deuxième extrait.
Mauleon Cyrille
cosmos
02/08/2020
.E
.C
On frissonne, s 'interroge dans un parfait suspens ménagé et des plus détaillé...L'étrange nous emporte et notre imaginaire fait le reste.Vivement la suite !
Mayard Melanie
Melanie M
16/08/2020
.E
.C
Texte bien construit au ton savamment dosé. Le rythme est là. Les tous premiers mots transportent vers le mystère et l'envie d'en savoir plus.
Levy Nicolas
Sedona
22/08/2020
.E
.C
Des deux extraits, je retiens le deuxième qui suggère, enveloppe avant d'intriguer. Très bien écrit.
clement Delahay
La Pléiade
31/08/2020
.E
.C
Les deux textes sont bien composés. Le deuxième a ma préférence pour l'aspect introspectif et les remarques pertinentes sur le fatalisme. Il y a également un peu de philosophie sur la peur et tout ce qui peut déranger la douceur de vivre. Bel échantillon !
Ngijol Félicité
FKN
10/09/2020
.E
.C
j'apprécie le peoer extrait parce qu'il me rappelle les récits de mon père après dîner le soir au Cameroun. Et que j'ai une faiblesse pour les contes. Certes il y a du suspens mais aussi de la poésie. Quant au deuxième extrait il a célérité d'une porte qui claque. Certainement par contraste avec l'extrait qui le précède. J'attends la suite.
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