pas vu, pas lu

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"Toute littérature est assaut contre la frontière." Franz Kafka

Bien mal acquis...

Auteur :

MARTINE MAGNIN

Categories : Thrillers
Date de parution : 15/01/2021

Extrait
(4 avis)
Couverture
Bien mal acquis...

« Puisque vous êtes en train de visionner cette cassette, c’est que je suis déjà mort et que, à tort ou à raison, vous avez trouvé cette maudite caisse. Après avoir entendu ce que je vais dire, ce sera à vous de prendre des décisions en connaissance de cause. Quoi qu’il en soit, bon courage à vous.
Je m’appelle Raymond, je suis garagiste et j’ai 46 ans.
Ma femme est décédée en juin, il y a six mois maintenant... (grésillements) 39 ans, elle s’est fait écraser par un chauffard devant la grille de notre garage alors qu’elle partait chercher nos petites-filles à l’école, comme tous les jours. On n’a jamais pu retrouver le coupable. Pourtant, la voiture a été filmée sur l’autoroute A9 quelques minutes plus tard au péage en direction de Barcelone, la plaque d’immatriculation était... (grésillements) n’a jamais été retracée. J’ai tout de suite senti que ce n’était pas un hasard, que quelque chose de tragique était déclenché et que c’était foutu. J’avais mis la main dans un panier rempli de scorpions, je ne m’en sortirais pas vivant.
Hier, mon chien Tarzan a été lâchement empoisonné. Un bon bougre de chien de garde qui ne gardait plus que son écuelle, une pauvre bête qui avait peur de son ombre, qui n’avait jamais mordu quelqu’un et qui avait presque quatorze ans. En le découvrant, j’ai pleuré comme un con. Le mec responsable de ça est vraiment un pauvre lâche.
Je sens que ça va être bientôt mon tour, j’ai reçu des lettres de menaces, des appels anonymes nuit et jour, je sens qu’on me surveille en permanence, je suis à bout. Je suis en sursis et je n’ai aucune porte de sortie. Aujourd’hui, cette nuit, demain, après... (grésillements), ils vont avoir ma peau. Je ne sais pas qui est-ce « ils », je ne sais pas comment « ils » vont s’y prendre, mais je sais « pourquoi » on me harcèle, et j’ai surtout peur pour mes enfants, mes filles adorées.
Si aujourd’hui je répondais positivement à leur... (grésillements), je sais avec certitude qu’ils me tueraient quand même. C’est trop tard. Je ne fais pas le poids, je n’ai sans doute jamais fait le poids. On ne s’improvise pas du jour au lendemain mafioso ou expert en banditisme, je ne connais pas les codes en usage et les techniques de base. C’est plus subtil qu’un moteur de bagnole et moi, je n’ai jamais été très malin.
Le jour où cette Porsche accidentée est arrivée ici sur notre dépanneuse, l’histoire était déjà écrite sur le marbre. Les papiers étaient faux, le conducteur, un total inconnu, était décédé dans la collision. À la fin de l’enquête, la gendarmerie a décidé de mettre la carcasse réquisitionnée à la casse et m’a demandé de m’en occuper. La voiture ayant été emboutie par l’arrière, j’ai voulu récupérer les deux ailes avant pour compenser mes frais de tractage. Les... (grésillements) ont commencé à ce moment-là. Il y a maintenant huit mois, mais je ne savais pas encore dans quel engrenage de folie j’étais entré.
Protégés par un cache plastique parfaitement discret et quasi invisible, les liasses de billets qui se trouvent actuellement dans la caisse tapissaient soigneusement l’intérieur des deux ailes, une vraie fortune. Ensuite, j’ai entièrement désossé l’épave, mais il n’y avait rien d’autre.
J’au ... (grésillements) dû prévenir la Police, je ne l’ai pas fait. Quand on trouve une telle somme, on perd la tête. Et ce jour-là, j’ai fait le mauvais choix et j’ai dérapé. Je n’ai jamais eu beaucoup d’argent et je découvrais un magot. Là, clairement je n’ai pas eu le bon réflexe, et j’ai perdu Mathilde. Mon amour à moi, mon seul ... (grésillements), puis même Tarzan, mon chien, maintenant ça va être ma peau.
Je n’ai rien dépensé, tout est là, j’attendais de savoir quoi décider. Cet argent était brûlant, maintenant il est maudit. J’attendais d’avoir des informations sur le conducteur, je n’en ai jamais eu, et je n’ai pas pris la bonne décision. Je me le dis en boucle, j’ai déconné, et maintenant je ne peux plus faire marche arrière. Je n’ai pas voulu me faire trop repérer à la gendarmerie en posant des questions. J’ai préféré me faire oublier, attendre, jouer le mort. Et maintenant, c’est Mathilde, la seule femme de ma vie, qui est morte. Mes filles adorées sont déjà orphelines, et bientôt ça va être mon tour. Et mes petites deviendront doublement orphelines. La seule incertitude concerne l’heure et les mo... (peut-être le mot « modalités », le grésillement est trop fort).
Faites ce que vous voulez de cette cassette et de ces sous. Si je me compte, et il le faut bien maintenant que je le fasse, il y a déjà eu deux morts et je ne veux pas risquer la vie de mes enfants. Je vous conseille de ne pas jouer au justicier, ce n’est pas un jeu, et les dés sont pipés depuis le début. Ma dernière volonté est claire et définitive : laissez mes filles en dehors de tout ça, elles ont eu leur lot de soucis et de tristesse, cet argent ne représente pas une bonne chose pour elles. Elles... (incompréhensible) de malheur.
Désolé, je n’ai pas d’autres conseils à donner. J’ai été suffisamment nul moi-même ».


Après un dernier grésillement, la vidéo s’arrête là.
Régis
L’enregistrement est de mauvaise qualité, un vrai travail de sagouin. On dirait un film ancien, l’image sombre est toute piquetée de taches neigeuses comme sur les écrans des vieilles télés et le son présente des absences et des grésillements fréquents. On y voit un homme d’âge moyen, l’air plutôt hagard, apparemment épuisé, avec une barbe

brune ayant dépassé les « trois jours réglementaires ». Il est assis sur un tabouret, devant un genre d’établi, il tient une feuille à la main et regarde vers la caméra. Cette vidéo semble vraiment le fait d’un amateur, le son est médiocre, la voix est rauque et on comprend à peine les mots prononcés. J’ai retranscrit le plus exactement possible ce que j’ai entendu et j’ai dû me repasser la bande plusieurs fois de suite pour arriver à ce que ma transcription soit aussi fidèle et complète que possible.
Même maladroit et pas totalement compréhensible, ce témoignage me perturbe au plus haut point. Et pourtant peu de choses réussissent à me perturber en général. Cette confession éclaire l’origine de ma trouvaille, mais je me sens dérouté et même paniqué. Fallait bien que ça tombe sur moi un truc pareil. Cette vidéo de ce Raymond doit donc être le dernier message de l’ancien garagiste décédé dans l’incendie. Et cet incendie a toutes les chances d’être d’origine douteuse, voire criminelle. Je suis également sous le choc de la vue de ces liasses de billets. Déjà, quand je vois cent, ou même seulement dix billets de 500 euros, j’ai le cœur qui s’enthousiasme, et les yeux qui pétillent, surtout maintenant que tout le monde nous paye avec une carte bancaire, alors toutes ces liasses neuves de billets violets de 500 euros, je délire... 10000 euros pour chaque liasse et il y en a plus de cent comme ça ! Je me pince, j’ai des bouffées de chaleur comme une bonne femme sur le retour, le cœur qui fait des bonds comme sur un trampoline. J’ai la sueur qui descend en rigoles sous mon T-shirt et mes mains tremblent comme celles d’un mec en manque. Il me faudrait le flegme des habitués des casinos ou des auteurs de hold-up ! Je ne sais pas si je dois m’estimer content ou catastrophé par cette trouvaille. Dur, dur. C’est panique à bord. Heureusement que je suis seul, je me sens presque ridicule devant cette trouvaille.
Je me souviens très bien de cet événement dramatique. L’incendie de ce garage avait été traité à l’époque plusieurs jours de suite sur le Midi Libre, tout d’abord à la Une, puis à la page régionale de la commune de Marguerittes, puis oublié... comme le reste, chassé par un autre fait divers. Je sais juste que, malgré l’arrivée rapide des pompiers, le propriétaire avait, paraît-il, été intoxiqué par les fumées et brûlé au énième degré. Il était décédé à l’hôpital au service des grands brûlés après quelques jours de coma. Je crois me rappeler en effet que les journalistes avaient précisé que la victime venait juste de perdre sa femme. Je le connaissais de nom ce Raymond Cornille, je crois même qu’on l’appelait « Raymond, le roi des camions », car il avait un vrai talent pour réparer les gros-culs et que rien ne lui faisait peur, mais je n’avais jamais eu l’occasion de travailler avec lui, ni même de lui parler. Pourtant nous n’étions géographiquement pas loin l’un de l’autre, une dizaine de kilomètres à peine, mais nous ne nous sommes jamais rencontrés. Et même si nous sommes concurrents, nous autres garagistes nous nous sentons solidaires en cas de gros pépin. C’était vraiment une triste histoire et ça nous avait sincèrement touchés.

Commentaires

TOPSCHER Nelly
Nelly78114
20/01/2021
.E
.C
Un thriller prometteur avec cet extrait. La plume est fluide et j'ai envie de savoir ce que cette trouvaille va entrainer comme conséquences. L'argent de tous les tourments dirait-on
Capone Marc
Le livrosorus
25/01/2021
.E
.C
Plutôt bien construit et bien écrit. Il est aisé d'entrer dans cette histoire.
Martineau Martin
Le Biblio Gus
14/02/2021
.E
.C
Très bien mené.
Caillon Marie-Pierre
Marie-Pierre
27/06/2021
.E
.C
une histoire pleine d'interrogations et bien écrite.
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