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"Toute littérature est assaut contre la frontière." Franz Kafka

Ah-Mun

Auteur :

Vincent Pelloux

Categories : Nouvelles
Date de parution : 27/11/2019

Extrait
(5 avis)
Couverture
Ah-Mun

Ma nouvelle "Ah-Mun est partie intégrante du recueil de nouvelles intitulé " Entre désirs & secrets" paru aux éditions terhoma. Pour plus d'information sur le recueil, je vous invite à vous rendre sur le site Internet de Terhoma : www.terhoma.org 
 

Ah Mun

(Nouvelle)

« ¡ Adios doctor Gonzalez-Menda, que tenga buen dia ! * » dit Catherine, un sourire de convenance scotché à ses lèvres. Elle referma la porte du bureau du directeur du département des recherches historiques de l’Institut Hondurien d’Anthropologie et d’Histoire de Tegucigalpa. Toujours souriante, elle repassa devant la secrétaire et la salua. À peine eut-elle refermé la porte du secrétariat qu’elle entra en éruption. Une bordée de jurons que n’aurait pas reniés son militaire de père lui sortit de la bouche : « Gros con ! Phallocrate prétentieux ! Macho de m.... ! Enfoiré ! C’est toi le singe, tu gueules tout le temps et tu ne fais rien d’utile, tu t’agites, c’est tout ! ». Elle l’imita lorsqu’il lui avait dit : « Mais señora Laval, vous n’avez fouillé qu’une seule zone près de Copan. Jusqu’à présent vous n’avez retrouvé que quelques tessons de poteries et une petite pyramide dont on ne sait même pas pour quel dieu. Rien d’extraordinaire. Nos crédits ne sont pas illimités. » Elle grommela : « Et qu’est-ce que ça peut faire ? » Il avait le don de la faire sortir de ses gonds. Petit péteux suffisant et bedonnant qui essayait tant bien que mal de masquer sa calvitie en plaquant les quelques cheveux qui lui restaient d’un côté sur le mouchodrome luisant de son crâne. Elle lui avait expliqué que ses recherches faisaient progresser la connaissance de la civilisation Maya dont descendent une partie des Mexicains, des Salvadoriens, des Guatémaltèques et surtout des Honduriens. Elle avait rappelé qu’ils avaient découvert une pyramide. Que ses fouilles permettaient de mieux connaître les abords de la grande cité.

- Je sais, lui avait-il répondu d’un air hautain, mais vous n’avez rien trouvé de différent de ce qu’on trouve sur d’autres sites. Votre hypothèse sur la vitalité des villages mayas n’a été étayée par aucune découverte importante : pas de production locale, pas d’objets importés prouvant leur liaison aux réseaux de commerce de l’époque, pas de reste de la demeure d’un membre de l’élite. Rien ne prouve que l’endroit que vous fouillez ne soit pas un site religieux isolé et non un village. En conséquence, rien ne justifie une nouvelle campagne de fouilles à cet endroit. Nos efforts financiers se portent actuellement sur l’aide à la mission américaine qui fouille la Cité du dieu singe à la Mosquitia.

Elle avait alors perdu les pédales : « Señor Gonzalez, vous ne pouvez pas me faire ça ! Vous savez à quel point c’est important ! Nous devons y retourner une troisième fois. C’est moi et mon équipe qui l’avons découvert. Nous prenons du temps certes, mais nous ne pouvons fouiller qu’en saison sèche et vous savez qu’elle est courte. Nous avons du dégager les arbres sans abîmer les structures en dessous, cela prend du temps ! ». Il lui avait opposé que ses collègues à la Mosquitia avaient fait preuve de davantage d’esprit scientifique, travaillant avec méthode et précisant : « Eux ne se laissent pas dominer par leurs émotions, ils savent garder la tête froide et reconnaître leur erreur quand ils en font une. Ils savent agir en hommes véritables ! »

- Et une femme, étrangère de surcroît, ne peut les égaler ! ajouta Catherine sarcastique.
- Parfaitement !
Catherine bouillonnait en y repensant mais elle avait pu se maîtriser et ne pas se mettre en colère. C’était ce qu’il attendait. Le moindre manque de respect lui donnait une raison supplémentaire pour refuser d’appuyer sa demande de subvention. Non, il fallait qu’elle y aille de nouveau. Cette découverte était la sienne. Elle avait trouvé le site grâce au lidar et la première campagne de fouille avait confirmé la présence de constructions mayas.

Elle changea radicalement de stratégie.

* « Au revoir docteur Gonzalez-Menda, passez une bonne journée »

Commentaires

Théri Stéphane
Stéphane Theri
28/11/2019
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.C
Vincent trace sur le papier des marques qui pour certaines, sont semblables à des coups de griffes et pour d’autres à de grands coups de gueule. L’empreinte de ses mots dévoile, à chaque nouvelle page tournée, une idée plus précise encore du tempérament de l’auteur. Avec Vincent, les mots volent tout simplement en éclats. Certaines pages sont écrites avec force comme si l’auteur souhaitait vous poser face à lui pour vous crier ses mots, vous les envoyer en pleine figure. Les intentions sont claires et on le comprend vite. Avec la nouvelle qui va suivre «Ah Mun», Vincent nous parle bien évidemment d’histoire et de culture. Mais, au fur et à mesure que l’on tourne les pages, «Ah Mun» nous révèle également combien nous avons tous et ce, quelle que soit l’époque de notre passage sur Terre et, quelle que soient nos croyances, des combats à livrer contre nous-même et parfois contre tous pour atteindre un but. Il importe peu que ce but puisse sembler illusoire au reste du Monde, qu’il faille déplacer des montagnes pour l’atteindre, une seule chose compte, réussir. Vincent et ses mots forts, Vincent et son tempérament pourtant se posent pour laisser place à la réflexion et au recul et nous gratifier de quelques élans de sensibilité qui, comme Ah-Mun, reviennent de loin pour nous émouvoir.
RETIF PATRICIA
Lulu
29/11/2019
.E
.C
J'ai tout simplement adoré cette histoire. J'ai appris énormément sur la civilisation Maya. Le ton de la nouvelle qui oscille entre coups de gueule et ébauche de sensualité donne du rythme à l'histoire. Un retour à nos propres croyances avec une conclusion romanesque qui fait beaucoup de bien. J'ai hâte de lire cet écrivain fort subtil. A quand le prochain roman ?
Préjean Maurice
Le bookmark
04/03/2020
.E
.C
Une histoire sur le difficile combat des archéologues, je trouve ça très intéressant. Le fait que Catherine, l'héroïne essaie d'exister dans un pays par forcément enclin à donner du pouvoir à une femme de surcroît étrangère ajoute à l'intérêt du récit. L'extrait est pour le moins séduisant et génère une bonne dose de curiosité. Bien écrit !
Mayard Melanie
Melanie M
04/03/2020
.E
.C
Un personnage féminin fort qui ne mâche pas ses mots, cette Catherine. La culture Maya vaut bien que l'on se batte pour elle et Catherine sait visiblement le faire, tant mieux. Il y a du rythme dans cette nouvelle et de l'action. Les premières phrases de cet extrait son crédibles. L'héroïne a plusieurs batailles à livrer mais donne tout de suite l'impression qu'elle sait aller au bout de ses combats. Elle sait ou elle va tous nous emmener, c'est très bien.
clement Delahay
La Pléiade
15/09/2020
.E
.C
Cette femme ouvre deux voies, celle de notre culture et celle du combat qui doit un jour permettre aux femmes d'avoir une part égale à celle de l'homme dans tous les compartiments de notre société.
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