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"Toute littérature est assaut contre la frontière." Franz Kafka
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Elodie Chamblas Montel

Créatrice, Prix littéraire des étud...

INFORMATIONS

CHAMP D'ACTIVITE

Professeur aux Cours de Civilisation Française de la Sorbonne depuis 1999,

Professeur de FLE à New York University in Paris depuis 2013

Créatrice du prix littéraire des étudiants internationaux, première édition 2019.

COMPLEMENTS

 

La 1ère édition du prix littéraire des étudiants internationaux s'est déroulée au printemps 2019, pour plus d'informations et de détails sur ce nouvel évènement littéraire, veuillez suivre le lien ci-après :

               Page facebook

 

“Il y a tout d'abord la littérature de la connaissance, et secondement, la littérature de la puissance. La fonction de la première est d'enseigner ; la fonction de la seconde est d'émouvoir. ”  Thomas de Quincey

 

 

Elodie, vous venez d’organiser la 1ère édition du Prix littéraire des étudiants internationaux. Pouvez-vous, en quelques mots, nous en présenter les grandes lignes ?
Il s’agit d’un prix de littérature française remis par un jury composé d’étudiants internationaux, étrangers qui portent sur notre langue leur regard précieux et singulier.
Pourquoi ce prix ? Quels étaient vos objectifs avant le lancement de la 1ère édition, les avez-vous atteints ?
J’enseigne la langue et la littérature françaises à un public international depuis plus de 20 ans. Lorsque nous abordons des textes littéraires en classe, nous partageons des moments exceptionnels intellectuellement et émotionnellement. La lecture et le regard de ce public sont délestés de nos « prérequis » culturels. C’est un regard différent, plus pur, plus essentiel peut-être. Et il y a aussi des émotions partagées, que seuls permettent certains textes littéraires. C’est cet Irakien d’environ 70 ans qui vit en France depuis de nombreuses années, qui parle couramment mais qui souhaite écrire mieux. Pendant un cours, nous scandons ensemble un sonnet, dans le but d’entendre la prosodie des12 syllabes des alexandrins. Au milieu de cette lecture, cet homme se lève, extrêmement ému en disant que dans sa langue aussi il y a des alexandrins. Tout à coup, c’est le petit écolier qu’il avait été que nous avions devant nous. Des anecdotes comme celle-ci, mes collègues et moi en avons beaucoup à raconter. J’ai eu envie de partager ces moments privilégiés, qui sont de véritables cadeaux; j’ai eu envie de les faire sortir de la classe et de leur donner une visibilité plus grande. C’et ainsi que j’ai eu l’idée de créer ce prix littéraire. J’ai été extrêmement surprise que, parmi la pléthore de ceux qui existent déjà, il n’existe pas de prix littéraire qui mette cet autre regard l’honneur.
Quelles ont été les difficultés rencontrées ?
La plus grande difficulté a été la contrainte de temps car la première édition du prix s’alignait sur la célébration du centenaire de notre école : les Cours de Civilisation Française de la Sorbonne. Six mois pour composer un jury, solliciter 10 romans parus en 2018 auprès de 10 éditeurs, créer un calendrier, rendre compte des échanges et débats, organiser une cérémonie de remise du prix, trouver un parrain (Je ne remercierai jamais assez notre magnifique parrain David Foenkinos), c’est effectivement une gageure !
Est-ce que l’on peut engager et organiser un prix comme celui-ci seule ?
J’ai pu le faire grâce au soutien institutionnel des Cours de Civilisation Française de la Sorbonne. Mais il faut s’apprêter à consacrer presque tout son temps à un tel projet.
Avez-vous rencontré une adhésion forte immédiatement ou avez-vous dû batailler pour convaincre certains de vos interlocuteurs ?
J’ai eu la chance de rencontrer beaucoup d’enthousiasme de la part de ma direction, qui m’a soutenue tout en me laissant libre. J’ai reçu beaucoup d’encouragements aussi de la part de nombreux éditeurs, séduits par le projet et par l’idée de nous confier un de leurs romans. Je n’ai pas eu à batailler car les choses ont été présentées de manière claire je crois et c’est un projet à la fois fédérateur, neuf et enthousiasmant.
Quels ont été vos atouts majeurs pour la concrétisation et la mise en place de la 1ère édition ?
Il est incontestable que le fait d’organiser cette première édition au sein d’une belle institution que sont les Cours de Civilisation Française de la Sorbonne est un atout majeur. D’abord pour aborder les partenaires avec une crédibilité. Et d’un point de vue logistique, nous avons sélectionné le jury au sein de nos cours et nous avons créé un calendrier aligné sur le semestre : 10 livres à lire, à raison d’un livre par semaine; nous nous sommes réunis chaque semaine pour évoquer et évaluer un des dix romans en lice. Une excellente organisation facilitée par les CCFSorbonne.
Combien avez vous eu de participants et quelles étaient leurs motivations majeures ? Qui composait le jury ?
10 étudiants internationaux des CCFSorbonne, d’un excellent niveau de français bien entendu, choisis sur lettre de motivation. Nous avions 2 Singapouriennes, une Italienne, Une Indienne, Une Britannique, Une Brésilienne, Une Mexicaine, Une Norvégienne, Une Thaïlandaise et un Américain. Leurs motivations : l’amour de la lecture et de la littérature, le goûts des échanges et des débats et une manière inédite de pratiquer et de perfectionner leur français.
Qui est l’heureux lauréat de cette 1ère édition et pour quel ouvrage ?
Jimmy Lévy pour Adoration au Cherche-midi
Qu’est-ce que le lauréat a su déclencher auprès du jury pour son titre ?
Avec ce roman, Jimmy Lévy vous emmène immédiatement et jusqu’au bout dans son univers, dans son histoire. C’est un livre que l’on a du mal à fermer et qui reste en vous longtemps après sa lecture. C’est un roman très intime qui a créé des résonnances en chacun de nous, même si bien sûr ce que décrit Jimmy Lévy lui est très particulier. C’est, je crois, dans sa dimension à la fois très personnelle et universelle que le livre a séduit, troublé, bouleversé. Enfin et peut-être surtout l’incroyable écriture de Jimmy Lévy a suscité plaisir et admiration. C’est une écriture, très enlevée, vive, rapide. Elle est aussi crue parfois parce que juste et en même temps pudique. C’est une vraie belle réussite et un livre important.
Êtes-vous déjà sur l’organisation de la 2ème édition et avez-vous de nouveaux objectifs ?
En effet, je prépare l’édition de 2020. J’en suis à la phase de sélection des romans, toujours 10, toujours proposés par dix éditeurs ; mais pour cette deuxième édition, je ne souhaite plus prendre les livres « à l’aveugle » comme j’ai été contrainte de le faire (faute de temps cette année), je souhaite une sélection plus paritaire (nous n’avions que deux auteurs féminins) et plus égale en terme de qualité littéraire. Autre projet pour 2020, j’aimerais ouvrir le jury à une autre institution, probablement une université américaine. Mais rien n’est encore officiel. De même, je souhaiterais, autant que faire se pourra, plus de parité dans le jury (un seul homme pour neuf femmes cette année).
Avez-vous édité un recueil sur les textes des lauréats et de tous les participants ?
Chaque séance a fait l’objet d’un petit « compte-rendu » écrit par l’un(e) des membres du jury et posté sur la page Facebook du prix. Nous souhaitons en effet mettre en avant ces textes. Une réflexion est en cours sur la manière de le faire.
Quels sont les apports d’une telle aventure sur le plan humain, sur le plan littéraire ?
Nos échanges hebdomadaires ont été une aventure humaine inouïe ! Et un vrai bonheur pour nous tous je crois. Ils ont d’ailleurs créé un petit groupe littéraire pour continuer d’échanger, à raison d’une fois par mois, c’est une grande fierté pour moi. J’avais un jury exceptionnel de maturité intellectuelle et émotionnelle. Ils ont fait preuve de passion mais aussi de bienveillance et leur qualité d’écoute des autres m’a impressionnée. Littérairement parlant, chacun préparait une petite note et nous échangions à partir de cela. Là encore, j’ai été très admirative de leur niveau d’analyse et toujours cette singularité liée à leur culture, leur langue maternelle et leur être bien sûr. Ce furent des moment d’un très haut intérêt.
Elodie, je sais que vous dévorez de nombreux textes mais, quelle définition donnez-vous d’un livre ?
Un bon livre pour moi doit être un ravissement, un rapt, il doit vous emmener quelque part et vous faire revenir à vous-même un peu changé(e).
Avez-vous le souvenir du 1er livre ou du 1er texte que vous avez lu et des sensations qu’il vous a procuré ? Quel âge aviez-vous ?
Je me souviens de mon premier choc littéraire, le dormeur du val d’Arthur Rimbaud. C’est ma mère qui me l’a lu, j’avais 8/9 ans. Je me souviens avoir été vraiment bouleversée par la chute terrible contrastant avec la douceur un peu paradisiaque du reste du poème. Ça a été un peu violent.
D’une façon plus générale, quel est votre rapport au livre et votre rapport aux livres ?
Je lis essentiellement des romans. Je relis beaucoup aussi, notamment les auteurs du XIXème que j’adore et dont je ne me lasse pas : Maupassant et Hugo en tête. Lorsqu’un roman m’a déçue voire affligée, je retourne vers Maupassant par exemple, et c’est toujours une consolation. Mais je lis beaucoup de romans contemporains, il y en a de remarquables mais il faut savoir s’y retrouver dans la profusion de ce qui nous est proposé.
Que recherchez-vous dans un livre, avant tout autre chose ?
Qu’il m’emmène là où je ne croyais pas être et m’y trouver un peu. L’universel dans le singulier, c’est vraiment ce que je cherche.
Comment choisissez-vous un livre ( auteur, sujet, histoire, genre, succès en librairie, époque, pays d’origine, critique littéraire ) ?
Il y a des auteurs que je suis : Annie Ernaux, Emmanuel Carrère, Yasmina Reza, Paul Auster…je les lis systématiquement. Il y a des critiques qui m’intéressent, celles d’Olivia de Lamberterie par exemple ; Je suis souvent sur la même » longueur d’ondes » qu’elle. Je lis surtout des Français mais j’aime aussi la littérature anglaise (plutôt XIXème) et américaine  (plutôt contemporaine : Jay Mac Inerney, Joan Didion, Siri Husdvedt sont des auteurs que je suis). Actuellement, j’ai découvert Gérard Netter (chez L’Harmattan) qui aborde dans ses romans des thèmes aussi profonds que l’identité trouble et troublée d’une manière légère et facétieuse, un peu sous la forme d’un roman policier. C’est passionnant, nouveau et très réussi.
Avez-vous un genre littéraire de prédilection, un auteur préféré et pour quelles raisons ?
Le roman (ou le récit) est mon genre préféré. J’aime aussi les nouvelles et la novella.
Avez-vous un livre préféré dont vous avez fait de nombreuses relectures ? Si oui, lequel ? Qu’êtes vous allez chercher dans ces relectures ? Avez-vous eu, à chacune d’elles, votre compte, plus qu’escompté par vos attentes ou moins ?
Mon livre préféré : Belle du Seigneur d’Albert Cohen, lu la première fois à 17 ans. Dans les premières relectures je recherchais les sensations que j’avais eues à l’évocation de cet amour fou. Je recherchais aussi la truculence du style de Cohen qui sait tout écrire, tous les registres avec brio. À la dernière relecture, relativement récente, je voulais retrouver mes 17 ans. Et je n’ai pas achevé le livre. Je relis régulièrement La vie matérielle de Marguerite Duras. C’est un guide. J’y trouve toujours ce que je n’y cherchais pas.
Ressentez-vous une évolution forte dans la littérature contemporaine et les thèmes abordés par nos auteurs par apport aux auteurs des siècles précédents ? Avons-nous une littérature plus grave, plus riche, plus profonde ou tous les contraires ?
Oui, il me semble que l’individu se place au cœur du projet littéraire. Au détriment d’une narration parfois.
Selon vous, quel est l’endroit le plus propice à la lecture ? Réservez-vous un moment spécifique de votre quotidien à la lecture ou lisez-vous de façon aléatoire ou encore lorsque vous en ressentez le besoin ?
Je peux lire n’importe où : dans un transport, dans un café… Mais je lis systématiquement et banalement dans mon lit, avant de dormir.
Livre papier ou numérique, qu’est-ce que cela vous inspire ? Avez-vous essayé le livre numérique ? Si oui, qu’est-ce que cela vous a procuré en terme de différence de sensation et ce, par rapport au livre papier ?
Pas de livre numérique pour moi ! Je n’ai rien contre bien sûr mais je préfère le livre papier parce que j’aime le corner, l’annoter. Retrouver un livre annoté dans sa bibliothèque vous replonge dans l’époque où vous l’aviez lu.
Enfin, sur un marché en grande partie capté par les grosses sociétés d’édition, avez-vous des idées pour consolider, optimiser le rapport entre les nouveaux auteurs, les petits éditeurs et les libraires ?
Des initiatives comme la vôtre sont formidables et très utiles pour faire connaître de nouveaux auteurs. Heureusement, il y a beaucoup d’ initiatives de ce type me semble-t-il, rendues possibles grâce à Internet. Un auteur peut aussi s’auto-publier. C’est la suite qui est plus compliquée, la diffusion…
Après avoir visité le site www.pasvupaslu.com avez-vous une ou des idées à communiquer aux créateurs ? Je viens de découvrir ce site et c’est un vrai coup de cœur !
Je trouve l’approche complète, originale. Il est très bien fait et très agréable à consulter et surtout très utile pour faire connaître des initiatives littéraires ou de nouveaux auteurs et leur donner une visibilité. Bravo à vous!
Merci Elodie ! Je vous remercie au nom de toute l'équipe de pas vu, pas lu.
Je vous remercie tout particulièrement pour la spontanéité avec laquelle vous avez accepté de participer, pour le temps passé mais également pour cette belle aventure humaine. Vous avez su, en effet, créer un évènement culturel générateur de visibilité pour les auteurs mais également, d'émotions partagées pour tous ses acteurs. Bravo, et longue vie au prix littéraire des étudiants internationaux !
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