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"Toute littérature est assaut contre la frontière." Franz Kafka
Interviews
Daniel Bartlomory

Lecteur, retraité à Larodde, Puy-de...

INFORMATIONS

FICHE D'IDENTITE 

70 ans 

Ancien directeur de centre de vacances

Retraité en activité partielle (chauffeur de bus scolaire)

Passion : Photographie

Loisirs : Lecture, cinéma, Internet, Télévision

COMPLEMENTS

 

Daniel Habite le village de Larodde depuis 1997 et partage régulièrement le fruit de sa passion, ses photos, sur les réseaux sociaux.

Il apporte par ce témoignage une note personnelle mais pertinente sur l'évolution de nos campagnes.

La région est splendide mais n'empêche pas toujours le sentiment d'isolement. La lecture reste un loisir particulier qui laisse la part belle à l'évasion. 

                Cet interview a une teneur particulière. Elle me parle d'hier et d'aujourd'hui. Daniel a été un pilier de mon enfance et reste un ami, un vrai avec toute la rareté mais surtout la richesse que cela induit. 

 

Daniel, pouvez-vous nous dire d’abord quelques mots sur le village de Larodde.
Oui ! Larodde est une toute petite commune de 287 habitants pour une superficie d'environ 23 KM2. Le village se situe à vol d'oiseau à la limite du Barrage de Bort les Orgues. Suivant l'endroit ou vous vous trouvez, l'altitude oscille entre 520 et 868 mètres.
Qu'avez-vous vu disparaitre ces dix dernières années ?
La liste peut ne pas représenter grand chose pour un citadin. Pour nous, cela me semble énorme. Nous avons perdu : En 2005, L'Ecole Nationale et Internationale d'accordéon. Elle apportait de la vie et des va-et-vient tout au long de l'année. Sa perte n'a pas été sans conséquence ! La même année, l'hôtel de Larodde à fermé ses portes. On y trouvait, en plus d'une chambre, un point presse, revues, gaz, tabacs et jeux à gratter. Avant cela, nous avions perdu une petite épicerie Casino (1989); le Marchand de vins ( 1995); le bar tabacs ( 1999); la Boulangerie, pâtisserie, épicerie (2004). La Poste est depuis 2006 devenue agence postale municipale. Plus loin dans le temps, Larodde a perdu ses deux bouchers. Aujourd'hui, tous corps de métiers confondus, il nous reste un plombier, un couvreur et une société multi-services.
Quand on est retraité, comment occupe-t-on ses journées à Larodde ?
Personnellement, je me sens un peu seul, isolé. J'ai toutefois la chance d'avoir encore ce petit boulot (4heures/jour) de chauffeur qui rythme les débuts et les fins de journées. Le reste du temps, quand je ne suis pas sur Internet à échanger avec des amis géographiquement éloignés, je fais de longues ballades, m'adonne à la photographie. Pour celles et ceux que cela intéresse, le club de loisirs & Partage de Larodde propose de nombreuses offres ( activités manuelles diverse, tricot, bibliothèque, pêche, chasse, etc.).
Quels sont les ressources culturelles déployées par votre mairie, le département et la région ? Avez-vous une bibliothèque, une médiathèque ou encore un bibliobus à votre service ?
Nous avons une bibliothèque municipale, partie intégrante du réseau de médiathèques de Clermont-Ferrand et l'association inter-communales Sancy-Artense. Nous avons également des évènements occasionnels : Théâtre, cinéma.
Quelle place tient la lecture dans votre vie, dans votre emploi du temps quotidien ?
Je ne lis pas tous les jours, mais quand j'ouvre un livre, je "me plonge" dedans.
Quelle distance vous sépare d'une librairie ou d'un espace commercial vendeur de livres ?
Le plus près se trouve à Tauves donc à 10 km. Si l'on n'y trouve pas ce que l'on est venu y chercher, il faut pousser jusqu'à La Bourboule et accepter de faire 20km.
Internet vous permet-il de compenser l'isolement du village ?
Oui, mais pas sur tous les plans.
Daniel, achetez-vous vos livres via Internet ou préférez-vous vous rendre en ville ?
Je préfère me rendre en ville.
Que vous inspire la plate-forme Amazon ? Avez-vous déjà acheté un livre via Amazon ? Si oui, pour quelles raisons ?
Je ne pratique absolument pas Amazon. Je préfère effectuer mes achats en magasins.
Etes-vous un lecteur de livres au format numérique ou exclusivement lecteur de livres au format papier ?
Je ne pratique pas la lecture au format numérique. Je préfère le livre papier.
Avez-vous le souvenir du 1er livre que vous avez lu et des sensations qu'il vous a procuré ? Quel âge aviez-vous ?
Non, je ne me rappelle pas précisément de ce 1er livre. Je me souviens juste avoir été profondément touché par "L'Etranger" d'Albert Camus mais je ne me souviens pas de l'âge que j'avais lors de cette lecture. Par contre, je me souviens que le goût pour la lecture m'est venu en 1968. Participant actif au mouvement, j'ai rencontré à l'époque des personnes qui m'ont invité à lire des auteurs dont j'ignorais l'existence. Ainsi, "La jeune garde" et "Le dernier des Oudègues" d'Alexandre Fadeïev tout comme, dans un autre registre, "Les conquérants de l'inutile" de Lionel Terray m'ont vraiment mis le pieds à l'étrier. Ces premières lectures m'ont éclairé. Elles m'ont amené a développer davantage mon sens critique, à chercher diverses sources d'information et je dois l'avouer à essayer de comprendre ce Monde et la complexité qui est sienne. C'est indéniablement cette époque qui m'a donné le gout de lire. Il ne m'a ensuite, jamais quitté..
D'une façon plus générale, quel est votre rapport au livre en tant qu'objet et votre rapport aux livres ?
Le tactile, le visuel, la texture du papier. J'aime également sentir le livre et l'odeur particulière qui s'en dégage. Maintenant, je n'aime pas comme certains le font, écrire sur les pages ou les corner.
Que recherchez-vous dans un livre, avant tout autre chose ?
Je recherche à découvrir un auteur, son style d'écriture et que le livre soit "vivant" de réalisme.
Comment choisissez-vous un livre (auteur, sujet, histoire, genre, succès en librairies, conseil de votre libraire, époque, pays d'origine, critique littéraire) ?
J'attends d'un livre qu'il soit réaliste et qu'il me raconte une histoire vécue.
Avez-vous un genre littéraire de prédilection ?
Le roman narratif. Comme je 'ai dit précédemment, j'aime lire des romans qui narrent des histoires de vie où le romancé et le réelle se mêlent pour nous raconter quelque chose de poignant.
Avez-vous un livre préféré dont vous avez fait de nombreuses relectures ? Si oui, lequel ?
"Les cinq doigts du Monde" de Louis Stéphane Cartouche. C'est le 1er pseudo de cet auteur.
Qu'êtes-vous allez chercher dans ces relectures ? Avez-vous eu, à chacune d'elles, votre compte, plus qu'escompté par vos attentes ou moins ?
J'y ai trouvé et j'y retrouve des moments de vie vécus, des vérités sur une tranche de vie. A cela s'ajoute toujours une part d'émotion.
Que vous inspirent ces 4 phrases ? Rencontrer l'âme d'un auteur. Un livre écrit avec les tripes. Ces mots m'ont glacé le sang. Cette phrase sonne comme une parenthèse d email propre vie.
Mes choix de lecture me confrontent assez souvent à ces quatre phrases. Rencontrer l'âme d'un auteur ou croire qu'on l'a rencontré est un sentiment de partage très singulier. C'est comme déceler ses pensées, ses émotions, lire une partie de lui, de sa vie. Un livre criant de réalisme est forcément écrit avec émotion et souffrance. Certains livres ou certaines pages d'un roman peuvent vous faire ressentir une émotion si intense qu'elle vous glace un court instant le sang. Il se fige en harmonie parfaite avec votre esprit sur une touche de ressentiment extrême. C'est fort et c'est beau ! Pour terminer, le roman "Les cinq doigts du Monde" m'ont donné ce sentiment fort qu'une parenthèse de ma propre vie se jouait dans certaines pages. J'ai adoré.
Les mots et la photo semblent vous apporter énormément. Je vous remercie pour les photos
Avec plaisir. Nos montagnes sont belles. Elles ont écrit, écrivent et écriront encore, elles aussi, de nombreuses pages de ma vie.
Merci Daniel !
Cet interview est particulière et je suis heureux de pouvoir dire que Daniel m'a connu en culotte courte. Avec lui, j'ai découvert une région magnifique mais aussi un homme emprunt de gentillesse et d'écoute. L'ombre des HLM de mon enfance s'est souvent retrouvée écrasée par le souvenir des promenades et des camps où nous dormions à même la paille dans un buron flanqué en pleine nature. Le vrai, le bucolique donnaient le change à des gamins souvent turbulents mais pas dénués de sensibilité. Dès que j'ai pu voyager seul, j'ai roulé vers les villages de Picherande et de La Tour d'Auvergne. J'ai marché sur les pas de mon enfance pour retrouver l'odeur de la cheminée du buron de Picherande et me suis planté devant les barbelés qu'il nous fallait, à l'époque, sauter à toutes jambes pour échapper aux cornes du taureau. J'ai retrouvé cette source cachée au pied du Mont Pailleret et bu son eau naturellement gazeuse. J'ai trempé mes pieds dans le lac de La Tour d'Auvergne et du coup plonger dans mes souvenirs de gosse. Merci Daniel ! Encore merci pour cet échange et ce partage.
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