pas vu, pas lu

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"Toute littérature est assaut contre la frontière." Franz Kafka
La métamorphose d'un auteur...Edito du 22/10/2019

Avant de poursuivre, voir l’édito précédent !

Boudé par les grandes maisons d’édition, mon chef d’oeuvre est planté là, devant moi sans que je sache quoi en faire. Plusieurs solutions s’offrent à moi. je peux l’éditer à compte d’auteur, les plus grands l’ont fait, eux aussi. Il n'y a pas de honte à cela. Je peux chercher une maison d’édition plus modeste ou encore créer ma propre maison d’édition et emmener avec moi, tous les propriétaires de chefs-d’oeuvre en mal d’éditeur. Après tout, je ne vois pas pourquoi une poignée d’individus déciderait, sans rien faire, ni dire, ni écrire, ce qui pourrait advenir de cet ouvrage, de mon ouvrage, de mon chef d’oeuvre et de tous les chefs d’oeuvre abandonnés et orphelins d’éditeur.

L’auto-édition, j’ai déjà donné en 2010. Certes, pour un autre chef d’oeuvre mais les souvenirs de cette piètre aventure m’ont laissé un goût amer dans la bouche. Cette aventure a également, je dois l’avouer, laissé mon premier chef d’oeuvre au banc des oubliés, voir des disparus. Je ne vais donc pas retenir cette proposition. Elle ne peut, selon mon expérience, que se résumer à cela : Paye, ami auteur ! Pense librement tout ce que tu veux de ton chef d’oeuvre mais paye, sacre-bleu. Si le succès ne vient pas frapper à ta porte, ta monnaie, elle, viendra sonnante et trébuchante,  remplir les poches de celui qui t’a très facilement ouvert les portes de l’auto-édition. Et ce n’est pas tout, mon auteur que j’aime par dessus l’édition et toute la Terre encore et encore ! En plus de t’offrir l’immense, que dis-je, l’incommensurable plaisir de publier ton chef d’oeuvre moyennant monnaie, je t’offre, en plus, une immensité, un océan, non pas de larmes, mais de moyens de dépenser tout ton argent dans un kit de communication, dans une correction effectuée par un professionnel dont personne ne te garantit l’efficience et plus encore, je t’offre une multitude de référencements sur l’incroyable, l’inimitable, l’irremplaçable toile Internet qui seront autant d’écueils pour ton chef d’oeuvre mais qui sonnent aussi bien dans la bouche de celui qui en vante les avantages et les opportunités générés que ta monnaie au fond de ses poches. Projeter la couverture de ton chef-d’oeuvre sur la toile avec un visuel aussi grand q’un timbre poste sur le site du géant de la logistique, l’illustrissime Amazon, c’est déjà déposer à tes pieds, la promesse d'une grande notoriété et d’un succès universel. Oui, ton timbre poste sera aussi facilement trouvé qu’une aiguille dans une botte de foin mais qu’importe, tu pourras crier haut et fort et surtout à qui veut l’entendre, qu’il peut trouver ton livre, comme des centaines de milliers d’autres, sur "A-MA-ZONE" ! Comme tu es sympathique et que ton porte-monnaie s’ouvre avec une classe certaine, je t’offre à titre exceptionnel, à toi, l’auteur d’un chef d’oeuvre, la possibilité de payer une quote part de notre participation à tous les salons du livre de France et de Navarre. Oui, le salon du livre de Paris en fait partie. Et, ce n’est pas tout. Pour donner à ton chef d’oeuvre toute la visibilité qu’il mérite, j’ajoute à ce kit fabuleux et pour seulement dix pour cent de plus, une place de choix dans notre catalogue de chefs-d’oeuvre. Il rejoindra de fait les centaines de chefs-d’oeuvre qui s’y trouvent déjà. Non, il ne sera pas perdu ni égaré dans une liste interminable de chefs-d’oeuvre. Il sera tout simplement présenté dans notre catalogue officiel. Ouah ! Je t’offre aussi, à titre exceptionnel, la possibilité d’acheter ton livre avec une super remise, une méga remise, bref avec une super-méga et stupéfiante remise. Comme cela, tu pourras offrir ton chef d’oeuvre à toutes celles et tous ceux qui n’ont jamais pensé, une seule seconde  que ton rêve initial, s’était justement de vivre de tes écrits, pas de te ruiner avec. Allez, auteur de chef d’oeuvre, paye et fais plaisir autour de toi. Offre légitimement un livre à Maman et à Papa, parce qu’ils seront, quoi qu’il arrive, fiers de toi. Oui, tu peux en offrir également un à tes frères et soeurs. Reconnais, si tu es né dans une famille nombreuse que tu n’es pas si chanceux que ça. Mais, au diable l’avarice et les avaricieux, comme dirait l’autre. Un jour, un jour pas comme les autres, un putain de jour extraordinaire, ton chef d’oeuvre aura touché le coeur et la bourse du plus grand nombre. Tu peux donc en distribuer quelques exemplaires. Pour recevoir, il faut savoir donner. A bon entendeur, salut !

La famille et les copains, c’est bien, mais hélas, pas suffisant. Pense, ami auteur, à distribuer quelques exemplaires à la presse, aux émissions de TV, aux grosses maisons de production cinématographique, à quelques célébrités au visage plus que sympathique. Oui, tu peux en envoyer un exemplaire à Michel Drucker ou encore à Patrick Sébastien. Tu ne seras pas le seul, mais, on ne sait jamais. Il suffit d’un seul retour et te voilà riche et célèbre. Tu peux, que dis-je, tu dois, c’est impératif, envoyer un exemplaire de ton chef d’oeuvre à celui qui, le cul gentiment posé sur un canapé aussi lisse que son amour pour les inconnus, agite avec une élégance et un ton suranné le L de la grande librairie aux yeux de tous les passionnés et passionnées de littérature, la vraie, celle des grandes maisons d’édition, celle des célébrités et autres bobos de la culture faussement apprivoisée.  De toute façon, ami auteur, on a rien sans rien. Tiens, prends la dans les gencives, celle-là. Je vais la répéter parce qu’elle est pas mal du tout cette formule : On a rien sans rien, Pan ! L’appendice du «Pan», c’est pour le caractère tragique de l’aventure, pour l’issu fatale presque devinée mais pas encore tout à fait acceptée par le détenteur de tout chef d’oeuvre non encore édité...

Voilà, quelques semaines se sont écoulées. Les petites maisons d’éditions, les moyennes, les presque moyennes mais encore trop petites, les grosses moyennes mais pas encore suffisamment grosses pour étoffer leur catalogue avec un nouvel auteur totalement inconnu, n’ont pas répondu. J’exagère un peu. Une maison d’édition, petite mais sérieuse t’a répondu. Avec des mots simples, elle t’ engage à poursuivre ton aventure. Certes, pas avec elle mais avec un autre chef d’oeuvre. Fais attention, ami auteur, tu es sur le point de devenir un spécialiste du chef d’oeuvre non encore publié. Ressaisie-toi !

Hey, ami auteur de chef-d’oeuvre, ne fais pas la gueule. les choses évoluent quand même assez vite. Je devine là que tu n’as pas dit ton dernier mot. Il te reste et tu le sais, à devenir éditeur si tu veux que l’aventure continue. Attention, ce moment est crucial. Tu donnes à ton chef d’oeuvre une dernière chance ou tu disparais à jamais avec lui pour écrire, si tout le monde à bien suivi, ton troisième chef d’oeuvre. Non, ne te méprends pas. Ne démobilise pas. Ecrire n’est pas l’étape la plus difficile pour un auteur.  Tu le sais ou alors, tu es sacrément borné. C’est vendre le plus difficile. Et, pour vendre, il faut être connu ou reconnu : Pas vu, Pas lu donc Pas Vendu. Pour la partition dramatique de l’aventure, il sera demandé au narrateur d’insérer après cette denière réplique un deuxième « Pan !»

PAN ! Voilà, c'est fait ! Amis pacifistes, ce coup de révolver est factice et ne représente en rien et d'une quelconque façon un soutien aux lobby américains des armes à feu. Je n'ai absolument pas envie d'être lynché sur les réseaux sociaux et ce, avant même d'avoir connu la gloire, le succès, la notoriété, l'universalité. Stop, j'ai une conscience et par la force des mots, je reviens, non pas à nos moutons mais à mon chef d'oeuvre.

Quoi ? Qu’est-ce que tu dis ? Il existe un paquet de mauvais livres de surcroit mal écrits et bien moins bons que ton chef-d’oeuvre. Qu’ajoutes-tu ? Ils sont en librairies parce qu’ils  ont trouvé éditeur. Oui ! Ami auteur, tu ne m’as pas écouté. Ecrire n’est pas le plus difficile. C’est vendre. Ferme les yeux et pose toi cette question : Qui peut bien vouloir acheter mon livre quand personne, je dis bien personne, ne connais son existence ni la mienne ? Ne me dis pas un libraire, c’est trop court. Un libraire ne peut pas acheter tous les livres présents sur le marché ou alors, il se transformerait en hypermarché du livre avec une surface si grande qu’on s’y déplacerait en engin motorisé, un peu comme chez Amazon. Le libraire quel qu’il soit se retrouverait alors avec des stocks si importants qu’on verrait les piles de livres transpercer  le plafond puis le toit de sa librairie. Cette pile monterait si haut dans le ciel que sans égaler la Tour de Babel, elle pourrait très certainement  concurrencer la tour Eiffel. Oui, tu as raison sur le point suivant. Le libraire de ton quartier te connait, sais qui tu es et peut faire l’effort de lire au moins les premières pages de ton livre, ne serait-ce que pour te donner un avis éclairé. Ami auteur, ne te perds pas dans des futilités. Ce n’est pas avec le libraire de ton quartier que tu vas décrocher la timbale pour ton chef d’oeuvre. Tu as un livre bien écrit. Il s’intitule : «L’Isaac Circus». Veux-tu le vendre ou l’enterrer ?

Je veux le vendre. Je veux que ce livre soit lu par le plus grand nombre. Voila ce que je veux. C’est clair, oui ou non ?

Hey, ami auteur, ne t’énerve pas après moi. Je suis ta conscience et je sais qui tu es. Tu peux suivre ton raisonnement sur le libraire du coin et le pousser à tous ceux de ton département. Tu peux également le proposer aux médiathèques et à tous les acteurs du livre de ton département. Seulement, avant de te lancer, je te vois trépigner, tu dois devenir éditeur et ton premier travail sera de transformer ton chef d’oeuvre manuscrit en «Livre». Aujourd’hui, tu n’as qu’un simple manuscrit. Même si ce dernier recèle un chef d’oeuvre, il est dépourvu de tout aspect commercial. Ha non, ne recommence pas avec ça ! Au risque de te paraitre un peu lourd, je te répète une dernière fois et, c’est la dernière fois : Ecrire n’est pas le plus difficile. C’est vendre. Tu veux vendre, fais en sorte que ton livre réponde à toutes les exigences du marché du livre. Oui, il y a un marché du livre et arrête une minute de me gonfler avec « Ton chef d’oeuvre, bien culturel». Un livre, c'est comme une boite de petits pois. Ton livre, pour être mis en vente à besoin d’un numéro ISBN, d’un format commercial, et d’une couverture. Je sais, je vais être très lourd. Mais tout cela est nécessaire parce que le plus dur............

- Arrête !!!!!!! Ok pour tout ! Je vais monter une maison d'édition, mettre mon chef-d'oeuvre aux normes commerciales et trouver une éditrice pour gérer les auteurs qui voudront nous suivre...

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